Afin de savoir quelle autorité ont ces essais ou ces réflexions et ces traductions, je vais me présenter. Je tiens à garder un certain anonymat pour le moment. Mon "vrai" nom ne changerait d’ailleurs pas grand chose.
Mon parcours dans le Dharma a commencé dans les années 79/80 lors d’un voyage en Asie "par la route".
Dans un centre d’alphabétisation à Lucknow je suis tombé sur un livre qui a changé ma vie : The Path to Deliverance de Nyanatiloka Maha Thera. Après en avoir lu une bonne partie, je l’ai refermé en sachant que j’étais bouddhiste de coeur. Auparavant, j’étais en recherche mais avais du mal à trouver ce qui me correspondait. Je pratiquais un peu de hatha-yoga et étais acquis à certaines idées indiennes comme l’ahimsa et le karma [1], avec son corollaire : la renaissance.
J’avais connu une expérience « religieuse » à Bénarès quelques semaines auparavant, un élan de foi "sans objet", en passant devant le Temple d’Or, une étrange ouverture du coeur. N’ayant reçu aucune éducation religieuse dans mon enfance j’avais quelque difficulté à assigner un sens ou un contenu à ce moment d’exaltation.
Suite à l’épisode de Lucknow, J’ai commencé à lire quelques ouvrages sur la vie du Bouddha et son enseignement. De retour en France j’achetai les traduction de « La parole du bouddha » et d’autres petits livres aux Editions Adrien Maisonneuve. Il y avait très peu de sources disponibles en langue française à l’époque et la librairie Maisonneuve était pour moi un lieu de passage régulier. Internet n’existait pas !
L’année d’après je repartais, après avoir travaillé quelques mois, en quête d’un maître, puisque cela paraissait important ! Arrivé à Kandy, Sri Lanka, après un séjour à Kodaikanal, je me suis mis en quête de quelqu’un qui puisse m’orienter. J’étais résolu et ne me laissais abattre par rien, ayant par ailleurs décidé de quitter définitivement les sentiers battus du tourisme non organisé (il en existe).
On m’a finalement conseillé d’aller à Forest Hermitage, (très belles photos d’archives). Je ne savais pas encore qu’il était le de Nyanatiloka Thera. Sans doute parce que je lui racontais ma conversion immédiate suite à la lecture de l’ouvrage de son maître, Nyanaponika Thera m’a alors recommandé à l’un de ses disciples cingalais, l’Anagarika Tibbotuwawa.
C’est avec ce maître de méditation que j’ai rencontré le Dharma dans sa dimension concrète. Anagarika-thuma n’avait que peu de disciples mais il était un méditant authentique suite à de nombreuses années de retraite.
Un Anagarika, comme le célèbre Anagarika Dharmapala ou encore Lama Anagarika Govinda, est une personne qui a pris huit voeux, y-compris celui de célibat, mais n’a pas le même statut qu’un moine, un bikkhu. Il m’a expliqué qu’il ne souhaitait pas prendre les vœux complets pour ne pas disperser sa vie méditatives dans des actions sociales trop prenantes. Il avait adopté ce mode de vie relativement tardivement, alors qu’il avait passé 50 ans. Il en avait 70 quand je l’ai rencontré mais était d’une étonnante vitalité. Sa résidence était le monastère Sellavali Raja Maha Vihara et c’est auprès de l’abbé Gidawa Sumanatissa que j’ai pris refuge.
Parlant parfaitement la langue de Shakespeare il pouvait donner ses instructions dans cette langue que je ne maîtrisait pas pleinement. Nous vivions dans la même chambre modeste un peu à l’écart du vihara. Je dormais à même le sol sur une natte. La méditation fut une révélation extraordinaire, au sens propre du mot. Après chaque session j’éprouvai un réel bonheur et comme un grand étonnement de la joie que l’esprit génère lorsqu’il quand il "se tourne" vers lui-même, lorsqu’il réside en sa demeure naturelle.
Pour aller vite, mais je tenais à lui rendre hommage, j’ai donc pratiqué la voie Théravada durant 5 ans, revenant trois fois vivre au pied du maître. Je devais normalement prendre les voeux monastiques. Mais la guerre civile, déclenchée en 83, a retardé mon retour si bien que mon impatience grandissait. Or, déjà en 82 j’avais vu une affiche, toujours à la librairie A. Maisonneuve, indiquant que le Dalaï Lama allait donner quelques jours d’enseignement à l’Institut Vajra Yogini.
C’est là que j’ai découvert les tibétains, avec Sa Sainteté et Lama Yeshe. J’étais déjà attiré, depuis quelques années, par la Mahayana, en particulier par la non-dualité et les Prajna-paramita-sutra. Anagarikatuma m’avait donné à lire les ouvrages tant connus de Lama Govinda.
En août 85 j’ai pris les voeux de novice (shramanera,skt ;getsül,tib.)auprès de Lama Zopa Rimpoché et ai résidé à Nalanda durant huit ans, entrecoupés de voyages en Asie et aux États-Unis. en 86 je reçu l’ordination complète de Sa Sainteté.
Les circonstances étaient excellentes pour l’étude, de 1985 à 1993 au monastère. L’Abbé, Geshe Jampa Tekchok, très qualifié et plus tard Abbé de Séra-jé, nous a transmis de nombreux texte indiens et tibétains tout en les commentant. De nombreux moines étaient intéressés par l’étude à ce moment et nous faisons régulièrement des retraites individuelles et collectives.
Durant ces huit années, j’ai pas mal voyagé en Asie et ai même suivi des cours de tibétain à l’Universtité de Virginia (dans le cadre du Buddhist Studies and Tibetan Studies programs mis en place par l’honorable professeur Jeffrey Hopkins) durant un semestre d’été, études que je n’ai pas poursuivies par la suite.
Ces voyages m’ont amené à recevoir nombres d’enseignements et d’initiations, ainsi qu’à enseigner dans le cadre du FMPT. En particulier j’ai résidé à Hong Kong au centre Cham-Tse-Ling, ce qui m’a permis d’aller rendre hommage au Sixième Patriarche Hui-Neng, un voeux qui m’était cher depuis que j’avais lu ses enseignement et le récit de sa vie, si inspirante.
Dak rasant Tempel
J’ai aussi pu faire quelques retraites. Mais mon projet de grande retraite n’a jamais abouti malgré la préparation des neuf préliminaires et j’ai finalement rendu les voeux au Népal, suite à quoi une nouvelle phase de vie s’est ouverte. Pour ce qui nous intéresse ici, j’ai été amené depuis à donner quelques enseignements dans un centre et ai préparé des cours à cette occasion. J’ai aussi enseigné les bases du boudhha-dharma dans un cadre plus scolaire à des étudiants et certaines préparations ré-apparaissent ici.