Le noble sentier octuple : Arya Marga

Parole, action et moyens d’existence justes

L’éthique en action.

  1. Parole juste


S’abstenir de paroles mensongères, de calomnies, de paroles blessantes et de paroles vaines (bavardage), tels sont les quatre aspect de la parole juste. On pourrait penser que la parole (l’écriture incluse) est moins importante que l’action, puisque ses effets ne sont pas toujours immédiatement évidents. Pourtant, nous savons depuis fort longtemps que ce qui caractérise l’homme pour une grande part est le langage. Il est une partie essentielle de ce que nous sommes, et donc de ce que nous devenons, en bien ou en mal.

La parole peut diviser ou unir, démunir ou octroyer, détruire ou construire, blesser ou guérir. Et cela dans des proportions de plus en plus importantes à mesure que les moyens de communication s’amplifient, comme c’est le cas en ce moment. Nous sommes entrés dans l’ère de l’information.


La parole fausse sert souvent un avantage personnel, pour soi-même, pour les proches, ou pour son « camp ». Elle n’est donc ni objective ni juste. Elle sert un intérêt. Mais ce faisant elle dessert d’autres intérêts, et c’est en cela qu’elle est négative. C’est pourquoi en toute situation il faudrait avoir l’honnêteté et le courage de dire vrai et de s’abstenir du mensonge.


La parole fausse peut être motivée par l’avidité, la haine ou l’illusion. Une fois enclenchée, elle a tendance à proliférer, de justification en justification.


La calomnie divise les gens et les groupes. Elle est le plus souvent motivée par la haine, le désir de vengeance, la jalousie. S’en abstenir c’est ne pas rapporter ici ce que l’on a entendu là-bas. Il est possible d’ajouter la parole fausse à la calomnie. De plus l’attitude opposée est de se réjouir dans l’harmonie et la concorde.


La parole blessante est motivée par l’aversion, la colère, le souhait de nuire. Ce peut être une parole violente, insultante, sarcastique.


La parole vaine est hors de propos, inutile, fantaisiste, immodérée. Elle pollue notre esprit mais celui des autres aussi. Mais sans doute faudrait-il inclure la complaisance dans l’écoute de parole vaines. Pour nous, cela veut dire savoir fermer la radio, la télé, l’ordinateur quand cela devient addictif. Cela devient sans doute de plus en plus difficile, tant les moyens technologiques utilisés sont de plus en plus séduisants.


  1. L’action juste


L’action juste est l’abstention d’actes négatifs et non-salutaires exprimés par le corps. Le facteur essentiel est la fonction cognitive de l’abstention, mais puisqu’elle est liée à un acte corporel, on parle d’action juste. Elle comporte plusieurs aspects.


Le premier est de ne pas prendre la vie intentionnellement. Tous les êtres veulent vivre et la vie est leur bien le plus précieux. Karmiquement, trois facteurs influent sur la lourdeur de l’acte : l’objet, l’intention et l’effort mis en œuvre. En bref qui est tué (animal, humain, degré de parenté,etc.), pourquoi (haine, avidité, ignorance) et comment (avec cruauté).


L’abstention n’est pas le seul facteur de l’action juste en ce sens que celle-ci comprend un effort dans la compassion, le respect. L’engagement dans l’action juste est la contre-partie pratique de l’intention juste en tant que bonne volonté et non-violence.


Le second est de ne pas prendre ce qui n’est pas donné, de ne pas voler ce qui appartient à autrui ou à la communauté. Prendre ce qui n’est pas donné peut avoir la forme du simple vol mais aussi utiliser des formes sournoises comme la fraude, la tromperie (sur la qualité ou le prix d’une marchandise par exemple), le détournement de biens, la prise de possession qui profite d’une situation.

A nouveau trois facteurs sont à prendre en compte pour évaluer la gravité  : l’objet, la personne volée et la motivation1.


La contre-partie positive de l’abstention de voler est l’honnêteté, le respect du bien d’autrui, le contentement et même la générosité et le don.


L’abstention de mauvaise conduite sexuelle est le troisième aspect de l’action juste. Il s’agit principalement de protéger les unions maritales, de ne pas abuser des mineurs et de ne pas encourager la prostitution ainsi que les modes de sexualité qui ne respectent pas le partenaire.


  1. Les moyens d’existence justes


Cela concerne nos moyens de subsistance. Tout ce qui est illégal, violent, frauduleux ou nuisible à autrui est à éviter. En particulier, certaines activité marchandes sont spécifiquement citées par le Bouddha : le commerce d’armement, d’êtres sensibles (y-compris les animaux), de viandes, de poisons (substances toxiques ?) et d’intoxicants.

1On pourrait ainsi penser, à cet égard, que le détournement de biens sociaux, après avoir demandé à représenter la collectivité et avoir été démocratiquement nommé à un poste de responsabilité et de pouvoir, en vue d’un enrichissement personnel et aggravé par la manipulation de documents officiels et légaux, est un acte particulièrement grave. Tel ne semble pas être l’avis de la justice de nos états qui condamne bien plus lourdement de petits vols à l’étalage...


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