L’effort spirituel.
L’effort juste
La purification de la
conduite, établie par les trois facteurs précédents,
sert de base au développement de la concentration, qui est
introduite à ce stade de l’exposé du noble sentier
octuple. Cette phase comprend l’effort, l’attention et la
concentration justes.
La concentration est un
état unifié de l’esprit, dont le focus est précis,
comme un rayon laser (non-diffus). Mais cet état demande une
quantité d’énergie afin d’être atteint et
maintenu, ainsi qu’une grande stabilité. C’est pour cela que
l’effort et l’attention sont présentés auparavant.
L’effort, en général,
peut être négatif. De grands efforts sont mis en œuvre
pour des actions destructrices ou simplement en vue de distractions.
Ou bien, il peut être positif mais orienté vers les
tâches de ce monde, auquel cas ses effets seront aussi de ce
monde. L’effort juste, dont il est question ici, est l’effort qui
vise la libération de l’insatisfaction de l’existence
cyclique. En cela, il est soutenu par la vue et l’intention justes.
L’effort mis en œuvre
est composé de quatre aspects :
empêcher la
manifestation d’états non-salutaires non manifestés
abandonner les états
non-salutaires manifestés
encourager la
manifestation d’états salutaires non encore manifestés
maintenir les états
salutaires manifestés
Quels sont ces états
non-salutaires ? Il s’agit d’états mentaux ou psychiques
pollués par les perturbations mentales. Le premier effort est
d’empêcher qu’ils surviennent. Cela sous-entend qu’on puisse
les repérer en soi, y-compris à l’état de germe
ou potentiel, et aussi qu’on connaisse les conditions de leur
manifestation. Par exemple si l’on sait que des voleurs peuvent venir
nous dérober, nous prenons des mesures.
Les cinq principaux états
qui font obstacle à la concentration sont : le désir
sensuel, l’aversion, la torpeur, l’agitation et le doute. Ce sont les
cinq obstacles qui empêchent la pacification mentale. Ces
obstacles ne viennent pas du dehors, mais de notre propre esprit et
c’est là qu’il faut surveiller, observer, maintenir une
vigilance. Avec la pratique, des niveaux toujours plus subtils de
vigilance repèrent des niveaux toujours plus subtils de
perturbations, tandis que l’effort lui aussi est plus subtil.
Ceci dit, dans un premier
temps il faut restreindre l’activité psychique liée aux
cinq sens, afin de juguler l’assaut puissant des distractions issues
du monde sensoriel, qui sont l’obstacle principal à la
concentration. Les expériences sensorielles créent de
puissantes empreintes dans l’esprit et il suffit de rester un moment
sans rien faire de spécial pour s’en rendre compte :
l’activité fantasmatique se met en route. Les perturbations
s’activent aussi très rapidement, en réagissant
émotionnellement aux objets imaginés, selon qu’ils
paraissent agréables ou désagréables. Ces
perturbations nourrissent de nouveaux fantasmes, etc. C’est la racine
du cycle. Il faut donc un certain effort pour maintenir l’esprit dans
sa résolution initiale, qui est de pacifier l’esprit.
Lorsque les états
non-salutaires surviennent quand même, malgré l’effort
vigilant de ne pas les laisser s’activer, il est temps d’appliquer
l’effort de les abandonner. Il ne s’agit pas de refouler mais de
dissoudre, de déconstruire l’activité fantasmatique
polluée par les perturbations mentales (désir sensuel,
etc.). A chaque genre de perturbation, il est possible d’appliquer
une stratégie. Pour le désir sensoriel par exemple, une
réflexion sur l’impermanence amène à réaliser
l’insatisfaction nécessairement générée
par l’attachement à des phénomènes changeants,
instables, éphémères. En effet la nature de
l’attachement est de sur-évaluer l’objet agréable, de
lui attribuer plus de qualités qu’il ne possède en
réalité, en particulier dans sa capacité à
octroyer une satisfaction véritable.
De plus, il est
indispensable de développer des états d’esprit
salutaires, comme le calme et l’introspection, les quatre fondations
de l’attention, etc. Un effort est donc déployé pour
généré en particulier les sept facteurs d’éveil
que sont l’attention, l’investigation des phénomènes,
l’énergie, la joie, la tranquillité, la concentration
et l’équanimité. Cet effort, aussi appelé
aspiration à développer, est suivi d’un autre dont la
fonction est de maintenir les états salutaires manifestés,
qui est appelé aspiration à maintenir.