Etudes sur l’attention

Smrti dans la tradition indienne de l’Abhidharma

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Smrti dans l’Abhidharma


D’après Padmanabh S. Jaini1


Dans le Théravada sati (smrti en sanskrit, prononcer smirti) est un facteur conditionnant (samskara) positif uniquement2, souvent dit samma-sati, tandis que dans l’Abhidharma de l’école philosophique Vaibhashika il apparaît dans la liste d’agents cognitifs omniprésents3.

Dans l’Abhidharmakoshabhasya Vasubandhu le définit comme « la retenue » ou « le non-abandon de l’objet ». Yasomitra précise « Smrti est l’agent par lequel l’esprit n’oublie pas l’objet ; c’est comme s’il le répétait ». Dans ce sens smrti reste associé à l’idée de mémoire et ne survient pas à tout moment, raison pour laquelle il est un agent cognitif déterminant4. De plus smrti est associé à un certain niveau de conceptualisation : c’est « le non-oubli de certains évènements pour lesquels il existe un familiarité et est une sorte de discours mental ». Et encore : « C’est un type particulier d’événement mental connecté à la perception (samjna) de l’objet déjà perçu qui produit la mémoire et la reconnaissance ».


Plusieurs conditions doivent être présentes pour que smrti fonctionne :


  1. L’esprit tend vers l’objet.

  2. L’événement mental possède une identification conceptuelle qui ressemble à l’(identification conceptuelle passée de l’)objet si tant est qu’une telle ressemblance existe. Par exemple la mémoire d’un feu vu dans le passé réveillée par la ressemblance à l’identification conceptuelle (la perception) du feu dans le présent.

  3. Ou bien, cet événement mental possède une identification conceptuelle suggérant une relation à un objet passé. Par exemple une mémoire d’un feu du passé réveillée par l’identification conceptuelle d’une fumée vue dans le présent.

  4. L’événement mental possède une certaine résolution du type « Je m’en souviendrai ».

  5. Aucun dysfonctionnement ne survient à cause de douleur physique ou mentale.



Dans un sens classique, ce type d’attention est associé aux quatre applications de l’attention (smrtyupasthana) : au corps, aux sensations, à l’esprit et aux phénomènes. Mais dans la philosophie indienne le sens était plus général, quoique soumis à diverses gloses.


Smrti dans le sens de mémoire pose pour les hindous en tout cas la question de ce qui perdure pour se rappeler ce qui a été perçu dans le passé. Pour les bouddhistes c’est une question de série continue et non d’entité permanente. Si l’attention (prayoga), la proximité des causes5 et la continuité de la série mentale sont présentes, la remémoration peut se produire. Dans le même sens les potentialité karmiques sont véhiculées à travers une chaîne ininterrompue de conscience.

1Smrti in the Abhidharma Literature and the Development of Buddhist Accounts of Memory of the Past page 47 in In the Mirror of Memory - Reflections on Mindfulness and Remembrance in Indian and Tibetan Buddhism, edited by Janet Gyatso, SUNY Press, 1992.

2D’après Nyanaponika Mahathéra la remémoration est un aspect du phénomène complexe de perception, car celle ci identifie l’objet en reprenant ou en créant et en se remémorant la marque (nimitta) de celui-ci.

3Les autres étant : la sensation, la perception, et l’intention.

4Les autres étant : l’aspiration, la détermination, la concentration et la sagesse.

5Voir les conditions juste au dessus.


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