Etudes sur l’attention

Mémoire dans le Yogacara & approche phénoménologique

La mémoire dans le Yogacara classique indien


D’après Paul J. Griffiths1.


Le Trimsikabhasya, un traité Yogacarin du quatrième siècle par attribué à Vasubandhu, définit smrti ainsi :

« Smrti est le non-oubli d’un objet avec lequel la cognition est directement familiarisée ; c’est la cognition qui prend note d’un tel objet. Un objet avec lequel la cognition est directement familiarisée réfère à un objet précédemment expérimenté. Le terme non-oubli est utilisé parce que smrti amène la cognition à ne pas perdre l’appréhension de son support cognitif. Prendre note réfère à la mémoire répétée du mode d’apparence (akara) du support cognitif dérivant d’une appréhension précédente de l’objet. Sa fonction est aussi la non-distraction. Cela signifie que lorsque la cognition prend note d’un certain support cognitif elle n’est pas distraite par d’autres supports cognitifs ou d’autres modes d’apparences. »


En fait smrti est une attention active et c’est ce qui la relie aux applications de l’attention. Le but de ces pratiques est une conscience dépassionnée et désintéressée du contenu et de la nature de chaque événement cognitif (avec son objet intentionnel (alambana) et son aspect phénoménologique (akara)) tel qu’il survient.

La connexion de smrti en tant que mémoire et en tant que pratique spirituelle est courante dans les textes yogacarin. Le Vijnaptimarasiddhi de Hiun Tsang répète la définition de smrti en termes de non-oubli de son objet et enchaîne sur son aspect de condition nécessaire à la concentration dans la mesure où elle préserve et retient son objet d’expérience en rendant ainsi l’absorption méditative possible.


Un autre terme associé apparaît : anusmrti, que l’on peut traduire par contemplation. On le trouve notamment dans les expression « contemplation du Bouddha » et « contemplation des vies passées ».


Les théories bouddhistes doivent rendre compte de la mémoire sans avoir à poser un substratum tel que la personne, l’âme ou tout autre principe substantiel. Elle le font en recourant à une explication causal de la mémoire comme il est mentionné plus haut2. Mais il est quasiment nécessaire d’introduire le concept du stockage des mémoires potentielles3. Cela s’effectue à travers les métaphores de graines (bija) et de tendances (vasana), métaphores associées à la conscience réservoir (alaya-vijnana).

1Smrti in the Abhidharma Literature and the Development of Buddhist Accounts of Memory of the Past page 47 in Reflections on Mindfulness and Remembrance in Indian and Tibetan Buddhism, edited by Janet Gyatso, SUNY Press, 1992.

2Smrti dans l’Abhidharma.

3C’est la même chose avec les potentiels karmiques.

Bouddhisme et Phénoménologie en pratique

D’après Edward S. Casey1.


Memor en Latin a aussi la double connotation d’attention et de mémoire, ainsi que la racine Grecque mna et le sanskrit smr.

La question qui se pose est le rapport entre la mémoire et l’attention. De façon phénoménologique Husserl a distingué une mémoire fondamentale qui se distingue de la mémoire des évènements passés au sens usuel. Il s’agit de la mémoire de l’évènement juste passé alors qu’il est encore en train de s’effacer. Parce que l’attention est concentrée sur ce qui se passe maintenant elle l’est aussi sur ce qui vient juste de se passer. Dans ce cas l’attention devrait inclure cette mémoire fondamentale. Et même elle devrait en dépendre car il s’agit d’établir un lien avec ce qui vient juste de se passer et ce qui se passe. La mémoire fondamentale n’est pas une mémoire post-événementielle mais au contraire elle réside toujours en avant poste.


Husserl a hésité dans la classification de cette mémoire primaire : est-elle une forme de mémoire ou de perception ? Finalement il a opté pour les deux. Le rapport entre ce deux formes est en fait très proche comme le montrent divers études, celles par exemple de Bergson qui pense que toute perception est emplie de mémoires. De fait selon le Théravada la mémoire est un aspect de la perception qui est « la prise en compte, la fabrication et la remémoration de la marque distinctive d’un objet ».

Tout cela nous mène à l’idée que la méditation est une activité mentale qui utilise de façon structurelle la mémoire2.


1Idem

2Sa Sainteté définit parfois la méditation comme la familiarisation avec u objet ou un sujet.


ou


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