2 Satipatthana ou
établir l’attention
« Dans
la doctrine bouddhique, l’esprit est le point de départ,
le point focal et aussi, en tant qu’esprit libéré
et purifié du Saint, le point culminant. »
Cela reflète la division en Base, Voie et But (fruit). Toutes
nos expériences passent par l’esprit et viennent de
l’esprit. En cela l’esprit est ce qui nous est le plus
intime, le plus proche ; mais paradoxalement c’est aussi
ce qui nous est le plus inconnu. Notre bonheur et notre
insatisfaction sont des expériences de l’esprit et c’est
pour cette raison que connaître sa nature et ses
fonctionnements est important au premier degré.
Le
Dharma nous enseigne trois choses :
L’attention
est une fonction de base de la cognition. Chaque perception nécessite
un aspect d’attention sans quoi l’expérience ne
saurait avoir lieu. En effet l’attention permet d’observer
l’objet de la cognition. A un niveau germinal l’attention
est indissociable de l’expérience et nous en faisons
tous l’expérience. Elle permet une approche grossière
de l’objet, mais si nous sommes captivés ou intéressés
par celui ci, un niveau plus profond entre en jeu où l’objet
est perçu dans ses détails et est mis en relation au
sujet et aux expériences passées. Cette étape
est celle qu’on nomme en psychologie « pensée
associative ». Elle est fondamentale car elle fait le lien
avec la mémoire (même terme en sanskrit : smrti)
et permet la catégorisation et ainsi la conceptualisation,
chose qui est propre à l’être humain.
Cette
seconde phase comporte donc quatre aspects : perception des
détails, subjectivisation, pensée associative et
abstraction. Nous en faisons tous aussi l’expérience
quotidiennement, des actions ordinaires aux fonctionnements mentaux
plus subtiles. Néanmoins ce niveau n’est pas exempt
d’erreurs de jugement et perceptuelles. En effet des
projections émotives et des préjugés
intellectuels l’altèrent comme l’attachement ou
les croyances (religieuses mais aussi sociales). A la base de ceux-ci
réside la racine fondamentale de l’attachement à
la prétendue permanence de soi et des phénomènes
que l’on désigne dans le bouddhisme sous le nom
d’ignorance.
Au
niveau supérieur nous entrons dans le domaine de l’attention
juste (samma-sati) qui est la source de la compréhension
juste. A ce stade les objets sont perçus dans leur vraie
nature : impermanents, marqués par l’insatisfaction
et sans substance véritable. Là commence la pratique de
l’attention en tant que discipline spirituelle. Son but est
d’obtenir une conscience plus claire des choses dénuées
de projection.
En
effet l’attention juste est l’une des huit branches de
l’octuple sentier définit par le Bouddha. Dans les
enseignements premiers (sutras pali) elle est dite être la
seule voie vers la libération. Sans doute de nombreux facteurs
contribuent à cette voie mais le sens est que sans attention
juste il ne saurait y avoir de salut.
Sharipoutra
demanda : « On parle de « grands hommes »
Seigneur. Comment Seigneur, l’homme est-il grand ? ».
Le Bouddha répondit : « Avec un esprit libéré,
Sharipoutra, on est un grand homme ; sans esprit libéré,
on n’est pas un grand homme. Comment, Sharipoutra, l’esprit
est-il libéré ? Voici, un moine demeure
contemplant le corps…les sensations…la conscience…les
phénomènes, énergique, compréhensif et
attentif…Pour celui qui demeure de cette façon,
l’esprit se détache des souillures et se libère. »
(Samyutta Nikaya, 47, 1).