2.1 l’Attention
Alors
que nous portons généralement attention aux choses en
étant motivés par notre intérêt personnel
et donc souvent égotique, l’attention pure consiste en
un enregistrement simple et exact de l’objet. Elle n’est
pas filtrée par l’étiquetage étroit des
phénomènes mis en œuvre par le mental soumis aux
perturbations habituelles. C’est pour cela que le Bouddha
conseilla : « Dans ce qui est vu, il ne doit y avoir
que le vu ; dans ce qui est entendu, que l’entendu ;
dans le senti, que le senti ; dans le pensé, que le
pensé (Udana 1,10) ». Cela amène non
seulement à voir les choses telles qu’elles sont mais
aussi à transformer l’esprit lui-même dans une
perspective de libération.
2.1.1L’attention
pure en tant que connaissance de l’esprit
L’attention
pure ou simple est essentielle pour l’élaboration d’une
pensée analytique claire
mais aussi pour atteindre une pensée synthétique qui
apprécie pleinement l’interdépendance des
phénomènes. Elle permet en effet d’atteindre une
version épurée des phénomènes qui ne peux
qu’aider à mieux penser. C’est d’ailleurs
pourquoi Dignaga et Dharmakirti identifient deux types de cognitions
avérées : la perception directe et la l’inférence.
Subjectivement
la qualité d’une cognition soutenue par l’attention
pure est la fraîcheur
et l’intensité. C’est comme la perception de
l’enfant qui découvre son environnement alors qu’il
n’est pas encore trop chargé par les filtres cognitifs
familiaux, sociaux et éducatifs.
« Dans
la pratique de l’attention pure, le premier choc violent sur
l’esprit de l’observateur sera probablement la
confrontation directe avec le fait toujours présent du
changement ».
A ce
propos il n’est pas inutile noter
que la psychologie sociale à mis en évidence à
travers maintes expériences que la perception que nous avons
du monde est traitée par inférence dans le but de
trouver des structures stables afin de se rassurer quant à la
réalité, de pouvoir la contrôler et la prédire.
Il y a aussi à cela des raisons d’économie et de
consistance psychiques (on ne peut pas recommencer à percevoir
le monde « à zéro » tout le temps
et il doit bien s’établir un sens à ce que l’on
vit) mais aussi un facteur de fuite de la réalité
mouvante d’un monde qui nous échappe sans cesse et que
l’on ne peut manier pour nos propres fins, d’où
l’adjonction aux modalités perceptives de tout un
arsenal de stéréotypes, de préjugés, de
discriminations, d’idées reçues, de
simplifications, d’accentuations qui sont autant de filtres à
une perception des choses « telles qu’elles sont ».
Donc
la pratique de l’attention simple permet de percevoir la
cognition telle qu’elle est dans sa nature d’impermanence,
d’instabilité et de fluctuation constante.
Elle
permet aussi d’obtenir « la certitude immédiate
que l’esprit n’est rien en dehors de sa fonction
connaissante. Nulle part, derrière ou à l’intérieur
de cette fonction, un agent individuel ou une entité
permanente ne peuvent être détectés. ».
2.1.2L’attention
pure en tant que formation de l’esprit
Les
souffrances que les humains créent autour d’eux et pour
eux-mêmes sont bien souvent le fait d’attitudes
inconscientes plutôt que des actes clairement intentionnés.
Nous réagissons plus que nous décidons d’agresser
ou de répondre agressivement. Nous pouvons réfréner
nos pulsions agressive et destructive en donnant du temps à
nos réactions (tourner sept fois sa langue dans sa bouche par
exemple) et cela est le travail que l’attention peux accomplir.
Nous pouvons aussi solliciter l’attention dans un esprit de
non-agir, non pas dans une optique de passivité ou de
pseudo-détachement coupé des sentiments mais de façon
non réactionnelle et non compulsive.
Tout
cela implique d’être dans le moment présent. Nous
pouvons trop facilement consumer notre énergie en vaines
rêveries, en regrets inutiles, en fantasmes stagnants.
« L’attention juste restitue à l’homme
une liberté qui ne se trouve que dans le présent. »
Pour ce convaincre de l’omniprésence de ces pollutions
de la conscience il suffit d’essayer de rester concentré
un moment !
Grâce
à l’exercice de l’attention profonde l’esprit
va naturellement se clarifier, les pensées néfastes
retombent dès qu’elles naissent au lieu de s’enchaîner
compulsivement, petit à petit elles cesseront. Et il y a alors
la place pour les pensées positives, pour la culture des
qualités spirituelles. C’est alors que nos potentiels,
personnels mais aussi universels, pourront se manifester.
2.1.3
l’attention pure en tant que liberation de l’esprit
En
fait l’attention est une base à l’établissement
de la vision pénétrante (vipassana) qui est la
vision des choses telles qu’elles sont, dans leur nature
relative et ultime c’est à dire dans leur extension et
leur profondeur. Les trois caractéristiques de l’existence
sont vues et pénétrées par la cognition lucide
et concentrée. Ce sont : l’insatisfaction,
l’impermanence et l’absence de soi. Cette vision est
libératrice puisqu’elle autorise une adéquation
cognitive à la réalité et par-là même
un engagement juste dans le monde.
L’esprit
atteint ainsi sa propre nature spacieuse et lumineuse. Les actes sont
spontanément appropriés et respectueux d’autrui
et de l’environnement.
Même
si ce but est encore lointain, nous pouvons par l’exercice de
l’attention profonde au quotidien avoir le goût de la
libération de l’esprit. C’est ce goût qui
nous donnera l’envie d’aller plus loin.