Pratique de l’attention

Les quatre champs de l’attention profonde

2.3 les quatre champs de l’attention profonde

Dans le soutra de l’établissement de l’attention quatre champs ou objets sont définis. Il s’agit du corps, des sensations, de l’esprit et des phénomènes. Ils comprennent l’ensemble du champ d’expérience humain.


Ces champs sont contemplés selon deux différents modes. Ainsi, après la description de chaque objet suit l’expression « Il (ou elle) contemple intérieurement ou extérieurement ou à la fois intérieurement et extérieurement ». C’est le premier mode. Il y a des choses à apprendre à travers chacun de ces modes d’observation. On observe ces phénomènes en soi, chez autrui et ensuite en rapprochant les deux observations, ce qui souligne leur universalité pour certains d’entre eux (l’insatisfaction par exemple) ou au contraire leur spécificité propre à chaque individu (les causes d’insatisfaction varient selon les individus).


Le second est l’observation de l’origine, de la dissolution et dans un même mouvement de l’origine et de la dissolution du phénomène concerné. La compréhension de l’origine est celle de la causalité du phénomène. Par exemple pour la contemplation du souffle on passe de l’idée naïve « C’est moi qui respire, je respire » à la compréhension qu’il y a simplement le souffle en dépendance de ses causes : l’air, le corps, le nez, les poumons, la conscience associée au mécanisme vivant de la respiration. Puis la dissolution est notée et comprise comme étant due à l’absence de causes. Sans air, corps, etc., la respiration ne se fait pas. C’est toute l’idée d’impermanence et d’absence de soi qui est introduite par cette contemplation.


La contemplation mène au résultat décrit ainsi : « La conscience qu’il y a un corps (une sensation, etc.) est établie en lui (elle) au degré nécessaire pour la connaissance et l’attention. Indépendant (des perturbations et des vues fausses) il demeure, ne s’attachant à rien dans le monde ».


Selon Colette Cox trois aspects des quatre applications peuvent être considérés : la nature de leurs objets respectifs, leur mode d’opération et leur relation à d’autres techniques spirituelles. Ainsi les applications de l’attention peuvent avoir divers sens :


  1. L’objet peut être considéré comme « application ».

  2. La caractéristique propre de l’attention est la connaissance (prajna) et c’est en cela qu’elle est parfois considérée comme seule voie unique.

  3. Le terme application peut référer aux facteurs concomitants à sa pratique : l’accumulation de vertu par exemple.


Pour l’objet, l’étendue de la quatrième application s’applique à tous les phénomènes hormis les trois premiers : corps, sensations, esprit. Dans le bouddhisme originel elle ne considérait que les cinq obstacles, les cinq agrégats, les attachements aux six bases sensorielles, les sept membres de l’Eveil et parfois la compréhension des quatre nobles vérités.

Le mode d’opération et les caractéristiques de l’attention deviennent un sujet à part entière.

Pourquoi l’attention a-t-elle pour nature la connaissance ? Pour deux raisons : parce qu’elle est définie comme observation et que les caractéristiques particulières et générales de ses objets d’observation ne peuvent être discernées que par la connaissance.

Plus précisément l’attention est un stade requis de la connaissance ou bien il y a une relation de réciprocité : l’attention maintient le focus sur l’objet qui est ensuite analysé ou bien l’objet analysé est ensuite maintenu par l’attention dans le but d’approfondir la compréhension.


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