Pratique de l’attention

Bouddhisme et phénoménologie

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. La phénoménologie husserlienne en tout cas est une excellente propédeutique à l’étude du dharma pour les penseurs occidentaux. Des rapprochements ont eu lieu entre certains penseurs japonais et l’oeuvre de Martin Heidegger. Mais finalement la phénoménologie de ce philosophe est aussi éloignée de celle de Husserl que le Zen l’est du dharma originel (Indien, Mahayana compris donc).

Je ne peux que rapporter à plus tard une étude approfondie.

4.2 Bouddhisme et Phénoménologie


Pour éclairer la question du rapport entre la mémoire et l’attention Edward S. Casey1 propose de se tourner vers la phénoménologie.

De façon phénoménologique Husserl a distingué une mémoire fondamentale qui se distingue de la mémoire des évènements passés au sens usuel. Il s’agit de la mémoire de l’évènement juste passé alors qu’il est encore en train de s’effacer. Parce que l’attention est concentrée sur ce qui se passe maintenant elle l’est aussi sur ce qui vient juste de se passer. Dans ce cas l’attention devrait inclure cette mémoire fondamentale. Et même elle devrait en dépendre car il s’agit d’établir un lien avec ce qui vient juste de se passer et ce qui se passe. La mémoire fondamentale n’est pas une mémoire post-événementielle mais au contraire elle réside toujours en avant poste.


Husserl a hésité dans la classification de cette mémoire primaire : est-elle une forme de mémoire ou de perception ? Finalement il a opté pour les deux. Le rapport entre ces deux formes est en fait très proche comme le montrent diverses études, celles par exemple de Bergson qui pense que toute perception est emplie de mémoires. De fait selon le Théravada la mémoire est un aspect de la perception qui est « la prise en compte, la fabrication et la remémoration de la marque distinctive d’un objet ».

Tout cela nous mène à l’idée que la méditation est une activité mentale qui utilise de façon structurelle la mémoire2.


Dans L’inscription corporelle de l’esprit Francisco Varela souhaite aussi que les sciences cognitives actuelles reconsidèrent l’apport de la phénoménologie, en particulier les premiers travaux de Merleau-Ponty. La raison en est que l’expérience directe de l’esprit au quotidien n’est pas prise en compte dans les recherches actuelles et on arrive vite à une impasse dans le sens où la conscience n’est expliquée qu’en termes de fonctionnements non-conscients (les computations symboliques similaires au fonctionnement de l’intelligence artificielle, les activités neuronales). On ne voit plus très bien dans cette perspective le pouvoir explicatif des sciences cognitives.

Peut être qu’à long terme cette démarche peut nous déposséder de notre capacité consciente dans la mesure où les spécialistes seraient seuls en mesure d’intervenir au niveau psychopathologique ou même pour des tâches comme l’apprentissage. Nous risquons de nous réveiller dans une version du meilleur des mondes où l’être humain ne serait qu’un artefact servant des buts inhumains.

1In the mirror of memory.

2Sa Sainteté le Dalaï Lama définit parfois la méditation comme la familiarisation avec un objet ou un sujet.


ou


Forum