Pratique de l’attention

Addenda aux quatre applications : les affects

5 Addenda aux quatre applications de l’attention


5.1 Les sensations


Les enseignements sur l’attention concernent les formes matérielles et les phénomènes immatériels. Après l’exposé en quatorze branches sur la forme matérielle vient l’exposé en neuf branches sur les sensations. En général, afin de présenter la méditation sur l’esprit, le Bouddha présente plutôt la contemplation des sensations parce quelles sont plus claires pour la plupart des gens. Quand on a une expérience très agréable par exemple la sensation agréable est très claire.

Mais en fait cela peut se faire aussi par le biais de l’agent cognitif qu’est le contact et de la conscience. En effet pour certains, lorsqu’un objet est présenté à l’attention, c’est le contact qui devient clair en premier ; pour d’autres c’est la sensation et pour d’autres encore c’est la conscience. Mais lorsque le contact survient surviennent en même temps la sensation, la perception, l’intention et la conscience.

De quoi dépendent ces cinq choses ? De la base corporelle. Comme il est dit : "De fait, cette conscience qui est mienne dépend de et est liée à ce corps".

Cela renvoie aux cinq agrégats. D’où viennent les cinq agrégats ? Ils sont dus à l’ignorance, etc.


Sensations  : les sensations sont le lien entre le contact et l’attachement ou saisie dans les douze liens illustrés dans la roue de l’interdépendance.

"Dans les sensations agréables, moines, l’inclination à la convoitise doit être abandonnée ; dans les sensations désagréables, l’inclination à l’aversion doit être abandonnée ; dans les sensations neutres, l’inclination à l’ignorance doit être abandonnée." Samyutta-Nikaya 47,49.


Les sensations étant conditionnées se succèdent et disparaissent d’elles même.


"Si un moine est ainsi attentif, comprenant clairement, vigilant, sincère et résolu, et qu’une sensation agréable (désagréable, neutre) naît en lui, il sait : "Maintenant, une sensation agréable est née en moi. Elle est conditionnée, pas inconditionnée. Conditionnée par quoi ? Par ce corps elle est conditionnée. Et ce corps est de fait impermanent, composé, né dans la dépendance. Maintenant si cette sensation agréable est conditionnée par le corps qui est impermanent, composé, né dans la dépendance, comment pourrait-elle être permanente ?

A l’égard du corps et de la sensation agréable il demeure contemplant l’impermanence, l’évanescence, le détachement, la cessation, l’abandon. Et chez celui qui demeure ainsi disparaît l’inclination à la convoitise à l’égard du corps et de la sensation agréable.

S’il éprouve une sensation agréable, il sait qu’elle est impermanente, qu’on ne s’y attache pas, qu’on se s’y abandonne pas. Il l’a ressent comme quelqu’un qui n’est pas entravée par elle." Samyutta-Nikaya 36,2.



La nature émotive de l’esprit a tendance à s’appesantir sur le rôle des sensations et produit des expériences d’exaltation artificielles (sur-investissement dans l’objet) ou à l’inverse de nature dépressive (l’aspect négatif de l’objet nous domine).


Savoir que l’on éprouve une sensation : il ne s’agit pas d’un savoir ordinaire ici. Même un bébé fait l’expérience d’une sensation mais cette reconnaissance n’écarte pas la croyance en un sujet, ne l’éradique pas, ne devient pas un objet de méditation et n’est pas la culture de l’application de l’attention. "Je sais qu’il y a une sensation agréable en moi" réfère à un savoir qui porte sur une expérience qui est pleinement comprise à travers l’introspection et l’analyse.

Qui sent ? Aucun sujet ou aucune personne. A qui appartient cette sensation ? A personne. D’où vient la sensation ? A cause de conditions objectales et autres. Il n’y a pas d’agent ou de sujet mais juste un processus impersonnel. L’expression "je ressens" est une expression conventionnelle.


ou


Forum