INTRODUCTION
A UNE APPROCHE COGNITIVE DE L’ESPRIT DANS LE BOUDDHISME
La motivation est le facteur essentiel dans notre aspiration innée
à rechercher le bonheur et à éviter la
souffrance. Par quoi la motivation est-elle déterminée
? Bien que le corps puisse jouer un rôle en tant que facteur de
contribution, l’influence principale dans la formation de la
motivation vient de l’esprit.
A nouveau, la motivation est la clef qui détermine la nature
de nos expériences et ce sont nos attitudes et nos capacités
de compréhension qui influencent principalement nos
motivations. Les forces négatives ou perturbatrices que nous
tentons d’éliminer sont, elles aussi, de nature mentale. De
même les instruments que nous utilisons afin d’éliminer,
ou tout au moins d’affaiblir, ces facteurs perturbateurs, sont de
nature mentale. Certains facteurs mentaux utilisés dans le but
de réduire d’autres facteurs mentaux. C’est pour ces raisons
qu’une discussion sur la nature de l’esprit et des facteurs mentaux
devient cruciale.
Sa Sainteté le
Dalaï Lama
Le texte qui suit est une traduction de
certains passages, à savoir les définitions et les
divisions, en laissant de côté les débats, de
nature très technique, d’un texte d’études monastiques
du bouddhisme tibétain de tradition Guélougpa
portant sur l’esprit et ses modes cognitifs. Chaque section est
suivie de remarques visant à élucider certains points,
issues d’un commentaire oral transcrit au monastère Nalanda
en France. Le commentaire complet en langue anglaise est disponible à
Nalanda.
Bien qu’il y aurait beaucoup de choses
à préciser sur l’historique, le contexte philosophique
et les variantes de ce type de texte, il ne sera présenté
ici qu’une sorte d’aide mémoire. Le présent travail
vient simplement complémenter une
approche de ce sujet faite lors de rencontres dans un centre
bouddhique de septembre 97 à juin 98. C’est avant tout pour
aider les participants, la bibliographie sur ce sujet en langue
française étant en effet assez succincte. C’est aussi
une tentative, toute provisoire, de traduction terminologique. Les
termes techniques d’origine sanskrite et tibétaine sont
souvent intraduisibles et se prêtent malheureusement à
toutes sortes de barbarismes. C’est pourquoi l’originale
est la plupart du temps cité. Car il faut bien traduire, au
risques de trahisons parfois inévitables. Traduire c’est
interprétrer, nous ne reviendrons pas là-dessus.
Ce travail pourra être utile dans
le contexte d’une étude plus approfondie lors de
sessions dédiées à Lorig
dans un centre bouddhiste. Il peut aussi servir de base
terminologique et philosophique à une approche de la nature de
l’esprit dans le bouddhisme. Il faut garder à l’esprit
que ce genre de texte est conçu comme support d’une
transmission orale et qu’il introduit essentiellement des
termes techniques et des définitions.
A titre informatif, cours résumé des origines de la tradition du pramanavada :
Historique
:
Entre 200 & 450
: Nyaya Sutra par Aksapada Gotama
Entre 425 & 500
: Nyaya Bhasya par Paksilasvamin Vatsyayana
Entre
400 & 480 : Vadavidhana & Vadavidhi par Vasubhandu où
déjà il n’y a que deux formes de cognitions valides
: perception directe et inférence.
Selon
le Vadhavidhi la perception est une connaissance qui vient de la
chose même et elle exclut donc la connaissance erronée,
la connaissance de ce qui est convention ou conceptuel ainsi que la
connaissance qui dérive de l’inférence.
Selon
Vasubhandu une preuve logique possède trois
membres : pratijna=thèse, hetu=raison et drstanta=exemple=fait
accepté universellement.
Entre 480 & 540
: Pramanasamuccaya (PS) par Dignaga
(ainsi que plusieus autres traités)
"L’acquisition
de l’objet de cognition valide dépend du moyen de cognition
valide." PS1.1
"Les
deux moyens de cognition valide sont la perception directe et
l’inférence et uniquement ces deux, car l’objet de cognition
valide possède deux caractéristiques : celle de la
chose elle même et celle de la généralité
(de la chose). La perception directe a pour objet la chose elle même
et l’inférence a pour objet la caractéristique de la
généralité (l’universel)." PSI.2
Dignaga est le
permier a mettre en évidence la notion de recouvrement :
vyapti.
Il en parle comme
du contenu et du contenant, donc vyapti=contenance.
Vers 600 :
Dharmakirti dont l’oeuvre maitresse est le
Pramanavartika.
Il montre que le
recouvrement (sapaksa) implique le recouvrement négatif
(asapaksa).
Il met en évidence
trois sortes de raisons valables : d’effet, de nature et de
non-observation.
Cette dernière
est de quatre sortes :
Terminologie en
logique :
Un
syllogisme est un argument déductif. Une déduction est
l’inférence correcte d’un fait particulier à partir de
faits généraux donnés qui fonctionnent comme
prémisses majeure et mineure. Un syllogisme correcte est une
inférence explicite.
Thèse=sadhya=
ce qui est à prouver ; elle introduit le sujet et la
proprièté à prouver= le probandum.
Probans=proprièté
qui démontre=hetu=raison.
Drstanta=exemple.
Anumana=inférence.
Sadhana=preuve
logique.