Texte
Racine
La cognition initiale
avérée directe proprement dite
La définition d’une
cognition initiale avérée directe est : un connaissant
nouveau et infaillible qui est libre de conceptualité.
Lorsqu’elles sont divisées elles
sont de quatre sortes : aperceptives, sensorielles, mentales, et
yogiques.
Commentaire
[Sur l’infaillibilité il y
aurait plusieurs choses à préciser qui n’apparaissent
pas dans le Texte racine ni dans le Commentaire.
Il s’agit d’un texte de base posant des définitions, il ne
faut pas l’oublier. En particulier le fait que la perception directe
appréhende son objet à travers un aspect (akara)
n’est pas abordé. Je vais donc faire suivre quelques notes
prises dans la "Perception" de George Dreyfus, sans que les
paragraphes ne se suivent forcément dans son ouvrage.]
Dignaga et Dharmakirti décrivent
la perception dans une optique représentationnelle.
La conscience ne possède pas d’accès direct à
l’objet extérieur mais peut le saisir via un intermédiaire.
Il s’agit d’une représentation mentale de l’objet appelée
aspect, ce dernier étant causé par l’objet extérieur.
Pour Dharmakirti un aspect est moins
une image mentale qu’une réflexion de l’objet dans la
conscience.
L’aspect est un attribut inhérent
à la conscience connaissante, c’est
la cognition elle-même telle qu’imprimée
(engrammée) par l’objet.
Cet aspect n’inclut pas seulement
l’objet immédiat (comme c’est le cas pour les avocats modernes
de la théorie des data) mais aussi la perception de cette
réflexion. Une simple perception d’une tache bleue possède
une face extérieure qui perçoit la tache bleue ainsi
qu’une face intérieure qui perçoit la perception du
bleu. La première est la perception sensorielle et la seconde
est l’aperception. Considéré sous l’angle de la
première la conscience est un aspect externe nommé
aspect objectal et sous l’autre angle c’est un accès direct de
la cognition à elle-même qui est l’aspect interne nommé
aspect subjectal.
La conformité qui doit exister
entre la cognition et l’objet qui en est la cause sera certifiée
par l’examen de l’exactitude de la cognition, exactitude qui dérive
de la capacité de l’objet à avoir une efficacité
pratique. Cette capacité pratique d’opérer une
fonction (arthakriya) est la
caractéristique qui permet de déterminer la validité
d’une cognition, ou en d’autres termes, sa détermination en
tant que connaissance.
La perception directe avérée
possède la capacité d’éliminer les
surimpositions quant à une chose non-réalisée
auparavant par la force de l’expérience (une inférence
le fait par la force d’une raison). Cette élimination est
implicite. La perception en effet peut déterminer les objets
de deux façons : explicitement et implicitement. Dans le
premier cas une perception réalise son objet explicitement
quand il apparaît à la cognition qui le détermine.
Dans le second celui ci n’apparaît pas. Les deux surviennent
simultanément. Par exemple en voyant un pot il y a une
réalisation explicite du pot comme pot et une autre implicite
qui réalise la différence entre pot et non-pot. Cet
objet implicite est une négation non-affirmative et en tant
que phénomène négatif il n’apparaît pas à
la perception directe. En bref quand je vois un fauteuil vide, je
sais aussi implicitement qu’il n’y a pas d’éléphant
dedans.
La cognition initiale
avérée directe aperceptive
La définition de la
première est : un connaissant nouveau et infaillible, sans
conceptualisation, qui est dirigé vers l’intérieur et
qui possède simplement l’aspect de l’appréhendeur.
La cognition initiale
avérée directe sensorielle
La définition de la
seconde est : un connaissant nouveau et infaillible, sans
conceptualisation, qui est produit en dépendance d’une faculté
sensorielle physique qui est sa propre condition dominante
non-commune.
Divisée la cognition initiale
avérée directe sensorielle est de cinq sortes :
appréhendant les formes, etc.
La cognition initiale
avérée directe mentale
La définition de la
troisième est : un connaissant nouveau et infaillible, sans
conceptualisation, qui est produit en dépendance d’une faculté
mentale qui est sa propre condition dominante non-commune.
Il y en a de six sortes selon qu’elles
appréhendent les formes, etc.
Commentaire
Lorsque la conscience visuelle d’un
être ordinaire appréhende une forme une conscience
mentale du même objet suit pour un seul moment, les suivants
étant conceptuels. De plus ce premier moment est inattentif.
Les personnes ordinaires n’ont pas de cognition mentale directe
avérée ni même subséquente sauf dans le
cas
où elles peuvent percevoir l’esprit d’une autre personne.
Elles perçoivent un objet sensoriel par la cognition
sensorielle, suivi d’un moment de cognition mentale directe
inattentive puis de conceptions. La conception du bleu par exemple
peut coexister avec les moments subséquents de la conscience
visuelle appréhendant le bleu.
La
cognition initiale avérée directe yogique
La définition de la
quatrième est : un connaisseur d’autrui exalté dans le
continuum d’un saint (arya) qui est généré
en dépendance de sa propre condition dominante non-commune, à
savoir une stabilisation méditative qui est une union de la
pacification mentale (shamata / shiné) et de
l’introspection spéciale (vipassana / lagtong), qui
réalise nouvellement et directement ou bien l’impermanence
subtile ou bien le sans-soi grossier ou subtil de la personne.
Ces trois derniers forment une division
en trois sortes.
Commentaire
L’objet de cette cognition est soit
l’impermanence subtile soit le sans soi grossier ou subtil.
L’impermanence subtile est le changement
moment par moment tous les soixante cinquième moments de la
durée d’un claquement de doigts. Le sans soi grossier est
l’absence dans (ou pour) la personne d’une existence permanente, une
(indivise) et indépendante. Le sans-soi subtil est l’absence
dans la personne d’une existence substantielle et autosuffisante.