La cognition initiale
avérée conceptuelle
Texte
Racine
La définition d’une cognition
initiale avérée inférentielle est : un
connaissant propositionnel
nouveau et infaillible qui est directement produit en dépendance
d’un signe correcte qui est sa base. Divisées elles sont de
trois sortes : la cognition initiale avérée
inférentielle par le pouvoir du fait, par le pouvoir du renom
et par le pouvoir de l’adhésion.
Commentaire
La cognition inférentielle est
l’appréhension d’un objet caché acquise en dépendance
d’un raisonnement logique. Tandis que les objets évidents
comme les sons et les couleurs sont perçus par des perceptions
directes, les objets cachés tels que l’impermanence des choses
composées, la souffrance des agrégats contaminés
ou le sans soi des phénomènes ne peuvent être
connus à travers les sens mais doivent être réalisés
par le biais de signes logiques.
Par exemple il nous faut comprendre que
nos agrégats sont impermanents par le biais de la raison
logique qu’ils sont des effets produits.
La compréhension inférentielle
est établie à la suite de trois compréhensions :
1) établir la présence
de la raison dans le sujet de la thèse : établissement
du sujet
2) établir que la raison est
recouverte par ce qui est à prouver : recouvrement
positif.
3) établir que l’opposé
de ce qui est à prouver est recouvert par l’opposé de
la raison : recouvrement négatif.
Prenons le cas du syllogisme "les
agrégats sont impermanents parce qu’ils sont des effets
produits".
Pour le comprendre, il faut déjà
comprendre que les agrégats sont des effets produit. Puis il
faut comprendre que tout ce qui est un effet produit est impermanent
et enfin que tout ce qui est permanent n’est pas un effet produit. La
personne à qui s’adresse ce syllogisme, ayant développé
ces trois modes de compréhension, acquerra une cognition
inférentielle avérée.
L’inférence par le pouvoir du
fait implique que le prédicat existe dans le sujet par la
nature des faits, comme le fait d’être chaud et de brûler
est dans la nature du feu.
La seconde est obtenue en raison de ce
qui est communément accepté comme étant vrai à
travers une désignation.
Par exemple le fait que cette chose (sur la table devant le Guéshé)
est un microphone. Toutes les fois qu’une telle chose est présente
on sait qu’elle se nomme microphone.
La
troisième est acquise en s’en remettant à une parole,
celle du Bouddha par exemple, dont on sait quelle n’est pas infirmée
par les trois vérifications : elle n’est pas contredite par la
perception directe avérée, ni par la cognition
conceptuelle avérée, ni par l’incohérence
interne des mots et expressions qui la compose.
L’objet de ce type d’inférence
est extrêmement caché comme par exemple le karma.
Une inférence par le renom est une conscience qui réalise
qu’il est possible d’exprimer un objet par un terme simplement parce
qu’il existe en tant qu’objet de pensée.
En gros, le sens d’être libre des trois contradictions est
ainsi : en ce qui concerne cette partie (du Sutra ou de la parole)
qui enseigne ce qui est manifeste (évident) il n’y a pas de
contradiction amenée par une perception directe avérée.
Si elle enseigne ce qui est caché, il n’y a pas de
contradiction amenée par inférence du pouvoir du fait.
Si elle enseigne ce qui est extrêmement caché, il n’y a
pas de contradiction amenée par une inférence par
l’adhésion.
Lati Rimpoché
Texte
Racine
Le second moment d’une cognition
inférentielle n’est pas une cognition avérée
mais subséquente. Dharmottara a
écrit : "Les deux, le premier moment d’une perception
directe et le premier moment d’une cognition inférentielle,
sont des cognitions avérées, mais les moments
subséquents des mêmes continuums (de trains de
consciences) sont exclus des cognitions avérées parce
qu’ils ne sont pas différents en terme d’établissement
et d’existence".
Commentaire
La définition d’une cognition
subséquente est : un connaissant qui réalise ce qui a
déjà été réalisé.
L’identité d’établissement et d’existence réfère
à l’identité d’effet. Par exemple le premier et le
second moment d’une conscience visuelle appréhendant le bleu
génèrent comme effet commun une conscience identifiant
le bleu, c’est à dire capable de se souvenir que le bleu a été
perçu.
En un sens on pourrait dire que chaque moment de conscience réalise
un nouvel objet dans la mesure où chaque objet est nouveau à
chaque moment. Mais cela n’est pas dans ce sens que "nouveau"
est employé ici, dans la distinction des moments initiaux et
subséquents. Celle ci est établie dans le sens où
le premier moment de conscience réalise son objet par son
propre pouvoir, tandis que les moments subséquents le font
par le pouvoir des moments initiaux qui les ont induits.
Lati Rimpoché
Texte
Racine
De plus lorsque les cognitions
initiales avérées inférentielles sont divisées
selon un mode terminologique, il y en a de deux sortes : l’inférence
pour soi et l’inférence pour autrui. La première et la
cognition inférentielle sont synonymes et la seconde et
l’expression d’une preuve correcte sont synonymes.
Cette division est terminologique parce que tout ce qui est une
inférence est forcément une conscience et que
l’inférence pour autrui, en tant qu’expression
d’une preuve
est un son, donc de la forme, et non de la conscience.
Lati Rimpoché
Texte
Racine
Par ailleurs l’exposé des
cognitions appréhendant un signe comprend une définition
et une division.
La définition d’une cognition
appréhendant un signe dans la preuve que le son est
impermanent utilisant le signe "effet produit" est : un
connaissant, dans le continuum d’un tiers à qui l’on prouve
que le son est impermanent par le signe "effet produit",
qui est la rencontre entre 1- Être
infaillible quant au fait que le son est un effet produit ou encore
que tout ce qui est un effet produit est nécessairement
impermanent et 2- Être la cause d’une cognition inférentielle
réalisant que le son est impermanent par le signe "effet
produit", inférence survenue en le prenant comme
condition causale.
Commentaire
Ntd
: En accord avec le Commentaire (ainsi que MiTB)
j’abrège ici la dernière partie du Texte racine
concernant les cognitions appréhendant un signe.
Les phénomènes composés
sont produit par des causes et des conditions et ils sont
impermanents. L’impermanence subtile est trop subtile pour être
perçue par les consciences sensorielles et il nous faut donc
nous servir de raisons logiques afin de développer une
cognition inférentielle avérée qui
éventuellement mènera à une perception directe
avérée. La conception qui saisit les agrégats
comme étant permanents est l’opposée complet de la
conception qui saisit les agrégats comme impermanents. Lorsque
nous comprenons que ceux-ci sont impermanents la conception qui les
saisit comme permanent ne peut plus naître, les deux
conceptions étant mutuellement exclusives (contradictoires).
Les trois étapes mentionnées
plus haut sont nécessaires avant d’arriver à
l’inférence. Elles nous montrent la validité du signe
logique. Lorsque nous avons compris la logique supportant la preuve
que le son est impermanent parce qu’il est un effet produit, nous
pouvons comprendre comment cette logique fonctionne aussi pour toutes
les choses composées. Nous avons acquis une cognition
appréhendant le signe, la conscience qui appréhende
la raison. Cette cognition survient avant l’inférence et
comprend les trois étapes : établissement du sujet,
recouvrement et recouvrement inverse.
1) La cognition qui comprend
l’établissement du sujet sait que le son est un effet produit.
Le premier moment est une cognition initiale avérée,
les suivants étant subséquents, et il peut être
direct ou inférentiel.
2)
La cognition qui comprend le recouvrement sait que les effets produit
sont nécessairement impermanents. Même possibilités
que dans 1).
3) La cognition qui comprend le
recouvrement inverse sait que les effets produit n’appartiennent pas
à la classe des permanents. Cette compréhension
survient implicitement, dès que l’on comprend la seconde
étape. Même possibilités que dans 1).
Ainsi il a obtenu les trois
compréhensions qu’il doit cultiver pour obtenir l’inférence
que le son est impermanent. Cet esprit qui appréhende le signe
logique connaît les trois étapes et est une cause pour
la réalisation de ce qui est à prouver.
Certains attributs qui existe tous en
une seule entité avec l’objet sont plus difficiles à
réaliser que d’autres. Le fait que le son soit une chose
fonctionnelle est facile à comprendre, effet produit est un
peu plus dur et impermanent est encore plus difficile.
Il est important de se souvenir que
toute conception s’engage dans son objet en éliminant
l’inverse. La conception qui s’engage dans le son le fait en
éliminant non-son. Pour s’engager dans effet produit sur la
base de la conception du son, la conception élimine
non-produit. C’est pour cela que la conception est appelée "ce
qui s’engage par élimination".