Epistémologie cognitive

Autres classifications

Autres classifications

Classification tripartite


Texte Racine


Pour ce qui est de la division tripartite des consciences et des cognitions il y a trois explications : celle de la conscience conceptuelle qui appréhende un universel, puis celle de la conscience non-conceptuelle et non-erronée appréhende qui un (phénomène) spécifique et enfin celle de la conscience non-conceptuelle erronée qui appréhende la claire apparition d’un non-existant.


La conscience conceptuelle qui prend pour objet appréhendé un universel


En ce qui concerne la première il y a deux parties : la définition et les divisions.

La définition d’une conscience conceptuelle est : un connaissant propositionnel qui appréhende un son et un sens comme étant susceptibles d’être mêlés.

Les termes "son" et "sens" de la définition référent à la généralité du son et à la généralité du sens. Ce qui appréhende les deux comme étant mêlés appréhende une agrégation des deux.

L’expression "susceptibles" doit être utilisée parce qu’il est nécessaire d’inclure les consciences conceptuelles dans le continuum de personnes qui n’ont pas reçu d’éducation langagière poussée. Pour de telles personnes la cognition conceptuelle n’appréhende pas les généralités du son et du sens comme mêlées mais comme susceptibles d’être mêlées.

Lorsqu’elles sont divisées il y en a de trois sortes : la conscience conceptuelle qui appréhende uniquement une généralité du son, uniquement une généralité du sens et qui appréhende les deux.

L’illustration de la première est la conscience conceptuelle dans le continuum d’une personne qui ne sait pas qu’une chose avec un fond plat, une forme renflée et qui peut contenir de l’eau est un pot et qui appréhende pot en dépendance du son "pot". Pour la seconde ce serait celle qui appréhende une chose à la forme renflée après avoir vu une telle chose. Pour la troisième c’est une conscience conceptuelle qui appréhende un pot dans le continuum d’une personne qui sait ce qu’est un pot.


Commentaire


Une généralité du son est une image mentale qui apparaît à la cognition conceptuelle en entendant un son (articulé), par exemple le mot "microphone" mais sans savoir ce qu’est un microphone. Une généralité du sens est l’image mentale qui apparaît à l’esprit conceptuel après avoir vu un objet, comme lorsque nous nous souvenons d’un microphone après en avoir vu un.


Texte Racine


Une autre division est la cognition conceptuelle qui attribue des noms et celle qui attribue des sens. Une cognition conceptuelle qui appréhende (son objet) en pensant "cette chose aux formes renflées est un pot" possède les deux modes parce que 1) elle est un connaissant propositionnel qui appréhende (son objet) en attribuant le nom "pot" à la chose et 2) elle est un connaissant propositionnel qui appréhende (son objet) en attribuant des attributs à un substratum.


Commentaire


Un exemple de la seconde est la cognition conceptuelle qui appréhende qu’une table est impermanente car elle relie la table à l’attribut impermanent et un second exemple est la cognition conceptuelle qui appréhende une personne portant un bâton. Une cognition conceptuelle n’est pas forcément l’une des deux par exemple la cognition conceptuelle appréhendant un bâton. Si l’on pense "ceci est un bâton" une connexion est établie mais pour la cognition conceptuelle qui appréhende simplement un bâton il n’y a pas nécessairement de connexion.

Maintenant si une personne qui n’a jamais vu que des vases en terre voit un vase en or et pense "ceci est un vase" elle appréhende bien le vase en connectant la définition et le nom de l’objet et il s’agit donc d’une cognition conceptuelle qui attribue un nom. La définition est une cause commune pour le son exprimant "vase" et la pensée "vase". La définition d’un objet est le signifié particulier d’un objet. Par exemple existe-t-il une cause commune aux sons et aux concepts qui engagent la cognition dans les consciences, les formes et les phénomènes composés non-associés1 ? Oui il en existe une car ce sont tous des phénomènes impermanents, tous des choses fonctionnelles et leur cause commune est : "ce qui est fonctionnel" (ce qui est capable d’opérer une fonction). De même il y a une cause commune aux sons et aux concepts qui engagent la cognition dans les phénomènes permanents et impermanents car ils sont recouverts par la généralité "objet de connaissance".


Texte Racine


Une autre division de la cognition conceptuelle est la cognition conceptuelle qui concorde avec les faits et celle qui ne concorde pas.

La définition de la première est : un connaissant propositionnel concordant avec les faits qui appréhende une généralité du son et une généralité du sens comme étant susceptibles d’être mêlées.

Pour toute chose qui est une base établie la cognition conceptuelle qui l’appréhende est nécessairement une cognition conceptuelle qui concorde avec les faits.

La définition de la seconde est : un connaissant propositionnel non-concordant avec les faits qui appréhende une généralité du son et une généralité du sens comme étant susceptible d’être mêlées.

Pour toute chose qui n’est pas une base établie la cognition conceptuelle qui l’appréhende est nécessairement une cognition conceptuelle qui ne concorde pas avec les faits.


La conscience non-conceptuelle non-erronée


La définition d’une conscience non-conceptuelle non-erronée est : un connaissant ayant une claire apparition qui est non-erroné quant à son objet apparaissant.

Cela est synonyme de cognition directe. La division en quatre : sensorielle, mentale, aperceptive et yogique a été vu plus haut.


La conscience non-conceptuelle erronée


La définition d’une conscience non-conceptuelle erronée est : un connaissant ayant une claire apparition qui est erroné quant à son objet apparaissant.

La division en consciences sensorielle et mentale a aussi été déjà vue.


Commentaire


Toutes les cognitions conceptuelles sont erronées quant à leur objet apparaissant mais toutes ne sont pas à éviter, par exemple la cognition conceptuelle appréhendant la vacuité. En comprenant que les cognitions conceptuelles sont erronées nous comprenons qu’un Bouddha n’a aucune cognition conceptuelle. La réalisation conceptuelle de la vacuité est établie sur les sentiers d’accumulation et de préparation et la réalisation directe ne survient que sur les sentiers suivants.



Texte Racine


De plus on peut aussi diviser la cognition en deux aspects : auto-cognition et exo-cognition.

La première est synonyme de cognition uniquement dirigée vers l’intérieur tandis que la seconde est synonyme de cognition uniquement dirigée vers l’extérieur. Cette dernière regroupe les cognitions directes sensorielles, mentales et yogiques ainsi que les cognitions conceptuelles.


Commentaire


Les Vaibhashika n’acceptent pas l’auto-cognition2. Les Cittamatrika n’acceptent pas les objets extérieurs. Les Sautantrika bien sûr acceptent les deux types de cognitions c’est le système philosophique de référence ici pour Lorig).

Les exo-cognitions sont divisés de différentes façons selon les systèmes philosophiques :

En six : les cinq consciences sensorielles + la conscience mentale.

En huit : Les cinq consciences sensorielles + la conscience mentale + l’esprit pollué + la conscience base de tout.

En neuf : En ajoutant la conscience immaculée.

L’auto-cognition est une exception. Une auto-cognition appréhende chacune des exo-cognitions dans le sens où ces dernières ont un aspect qui fait l’expérience de leur propre nature, nature de clarté et de connaissance, et c’est cela qui est nommé auto-cognition ou aperception.

Par exemple la perception visuelle du bleu appréhende le bleu qui est l’objet extérieur tandis que sa propre nature se perçoit elle-même.

Cette auto-cognition est nommée conscience introvertie ou encore l’aspect de l’appréhendeur. L’aspect de l’appréhendé est la conscience tournée vers l’extérieur, l’exo-cognition. Néanmoins on dit que la conscience d’une tierce personne est un exo-objet pour la clairvoyance qui la perçoit.

En atteignant la bouddhéité toutes les consciences deviennent omniscientes, la définition d’un esprit omniscient étant "la sagesse exaltée qui est la clarté finale réalisant tous les phénomènes". Donc le Bouddha aussi possède une auto-cognition qui est omnisciente, mais malgré le fait qu’elle réalise des exo-phénomènes elle ne devient pas pour autant exo-cognition. Il faut ici faire une exception. Quelqu’un pourrait objecter qu’il n’est pas nécessaire de maintenir que le Bouddha a six consciences puisque chacune perçoit tous les phénomènes mais c’est un peu comme si l’on mélangeait des eaux de diverses provenances dans un sceau. Les eaux deviennent une seule eau mais on peut encore dire qu’il y des eaux de diverses provenances. De même le Bouddha possède les différents types de consciences qui sont les continua de ses consciences des existences passées.


Chaque conscience possède la nature de clarté et de connaissance. La clarté réfère à sa non-matérialité et la connaissance réfère au fait de "porter" différents aspects. La nature de l’esprit n’est pas polluée par les taches mais même si elle est naturellement pure de toute tache l’esprit peut être recouvert par des voiles ou des obscurcissements superficiels. C’est comme un morceau de verre qui serait recouvert de saleté. Sa nature n’est pas mélangée à la saleté et le verre peut être nettoyé. Si le verre et la saleté étaient d’une même nature, enlever la saleté ferait disparaître aussi le verre. De la même façon lorsque nous purifions l’esprit de ses obscurcissements la nature de l’esprit peut se manifester et apparaître clairement.

Divers remèdes doivent être appliqués afin ôter les diverses perturbations. Le développement de l’esprit signifie que sa capacité à réaliser correctement les objets s’accroît. Le but est de rendre la nature de l’esprit manifeste et cela demande beaucoup de pratique méditative.

1 Tous les phénomènes impermanents sont recouverts par ces trois catégories.

2 Non plus que les Prasangika

Classification en sept


Cette classification a déjà été vue en détail. Il s’agit des sept aspects suivants :

1) La cognition avérée directe (non-conceptuelle)

2) La cognition avérée inférentielle (conceptuelle)

3) La cognition subséquente (l’une ou l’autre)

4) La cognition précaire-correcte (conceptuelle)

5) Le doute (conceptuel)

6) La cognition inattentive (non-conceptuelle)

7) La cognition fausse (l’une ou l’autre)

Ceci conclue la première partie de cet enseignement. La seconde partie aborde les modes cognitifs principaux.


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