L’ESPRIT (citta)
L’esprit
est définit comme une cognition qui appréhende la
simple entité de son objet, tandis que les modes cognitifs
(caittas) en appréhendent les
aspects particuliers. Un objet en effet possède une entité
générale ainsi que des aspects ou qualités
spécifiques.
On pourrait comparer l’esprit et
les modes cognitifs à un chef et ses employés.
L’esprit possède six
divisions : les cinq consciences sensorielles et la conscience
mentale. La différenciation se fait en fonction de l’objet
appréhendé. Ou encore selon la faculté dont la
conscience dépend, à savoir la faculté visuelle,
etc.
Par ailleurs l’esprit est une
cognition qui a des modes cognitifs pour accompagnants.
Cinq l’accompagnent toujours et d’autres selon les
circonstances. Ainsi l’esprit peut être salutaire,
non-salutaire ou neutre selon les modes cognitifs qui l’accompagnent.
Un exemple d’esprit principal ou
cognition générale est une conscience visuelle qui
appréhende le bleu, à savoir l’entité
« bleu » et rien d’autre.
LES MODES COGNITIFS
(caittas)
Lorsque l’on différentie
l’esprit des modes cognitifs il ne s’agit pas d’une
différence d’entité mais de fonction. Pour cette
raison on dit qu’ils ont une même entité mais des
différenciations conceptuelles différentes. En effet on
ne peut pas séparer la conscience principale des cinq modes
cognitifs constants par exemple, dans le sens d’avoir l’un
sans les autres, mais on peut conceptuellement les différentier
du point de vue de leurs fonctions spécifiques.
Les modes cognitifs sont désignés
selon leurs fonctions particulières. Ils sont définis
comme étant des cognitions qui appréhendent les
qualités ou aspects d’un objet et qui accompagnent une
conscience principale, avec laquelle ils ont cinq choses en commun.
Les cinq points communs
Selon l’Abhidharmakosha
de Vasubhandu les cinq choses en commun entre la conscience
principale et les modes cognitifs sont :
La similarité de la
base (ashraya) : la condition
dominante est la même. (Voir plus haut pour ce terme).
La similarité de
l’objet (alambana) : l’objet observé
est le même.
La similarité de
l’aspect (akara) : l’aspect est le même.
Concernant l’aspect, selon
Georges Dreyfuss :
« Dignaga et Dharmakirti
décrivent la perception dans une optique représentationnelle.
La conscience ne possède pas d’accès directs à
l’objet extérieur mais peut le saisir via un intermédiaire.
Il s’agit d’une réflexion mentale de l’objet dans la
conscience appelée aspect, ce dernier étant causé
entre autre par l’objet extérieur.
Pour Dharmakirti un aspect est moins
une image mentale qu’une réflexion de l’objet dans la
conscience.
L’aspect est un attribut inhérent
à la conscience connaissante, c’est la cognition elle-même
telle qu’imprimée (engrammée) par l’objet.
Cet aspect n’inclut pas seulement
l’objet immédiat (comme c’est le cas pour les avocats modernes
de la théorie des data) mais aussi la perception de cette
réflexion. Une simple perception d’une tache bleue possède
une face extérieure qui perçoit la tache bleue ainsi
qu’une face intérieure qui perçoit la perception du
bleu. La première est la perception sensorielle et la seconde
est l’aperception. Considéré sous l’angle de la
première la conscience est un aspect externe nommé
aspect objectal et sous l’autre angle c’est un accès direct de
la cognition à elle-même qui est l’aspect interne nommé
aspect subjectal. »
La similarité de temps (kala)
: les deux surviennent simultanément.
La similarité de substance :
par exemple une conscience principale heureuse ne peut coexister avec
un mode cognitif non-heureux. Cela signifie qu’une cognition
principale n’est accompagnée que d’un seul mode
cognitif du même type (une seule sensation, une seule
perception, etc.).
Selon l’Abhidharmasamuccaya
les cinq similarités sont un peu différentes :
D’objet et d’aspect.
D’entité : Ils sont
tous salutaires, ou non-salutaires, ou neutres.
De royaume et de niveau : ils
appartiennent tous au même royaume du désir, de la forme
ou du sans-forme.
De temps.
De substance.
La conscience et les modes cognitifs
sont un du point de vue de l’entité mais différents
par le nom. Asanga accepte une similarité de base mais il ne
l’inclut pas dans les cinq.
Le mental (manas) et la
conscience principale
Les consciences
principales sont aussi désignées comme « le
mental ». Les modes cognitifs qui accompagnent la
conscience principale visuelle sont des consciences visuelles
simples (non principales). Les modes cognitifs qui l’accompagnent
sont des consciences visuelles car elles ont les cinq choses en
commun avec la conscience visuelle principale.
Mais la conscience mentale n’est
pas le mental pris comme synonyme de conscience principale.
Les six categories de
modes cognitifs
Selon l’Abhidharmasamuccaya les
modes cognitifs sont au nombre de cinquante et un et peuvent être
groupés en six catégories :
Les cinq modes cognitifs constants
(sarvatraga)
Les cinq modes cognitifs déterminatifs
(viniyata)
Les onze modes cognitifs
salutaires(kushala)
Les six perturbations racines
(mulaklesha)
Les vingt perturbations secondaires
(upaklesha)
Les quatre modes cognitifs variables
(aniyata)
Les cinq modes cognitifs
constants
On les appelle constants parce qu’ils
accompagnent toutes les cognitions. Ce sont :
La sensation(vedana)
La perception (samjna)
L’intention (cetana)
Le contact (sparsha)
L’application (manaskara)