L’esprit et ses modes cognitifs

Perception, intention, contact, application

La perception1


La perception est le mode cognitif qui appréhende les caractéristiques d’un objet par son propre pouvoir et qui est produite par le contact.

Elle distingue des types et des classes d’objets et appréhende l’objet en tant que généralité ou particularité. Si elle accompagne une cognition visuelle appréhendant le jaune, par exemple, elle distingue la particularité « jaune » sans désigner « ceci est jaune ». Elle distingue le jaune comme étant différent des autres couleurs mais elle ne connecte pas ce qui est perçu à la désignation « jaune ». Seule une perception qui accompagne une cognition conceptuelle peut déterminer « ceci est jaune ».

Classification en six perceptions


Une première classification en six est opérée en fonction de la base, à savoir les six perceptions accompagnant chacune des six cognitions principales (sensorielles et mentale).

Seconde classification en six


La perception à travers un signe (nimitta)2. C’est la perception qui associe correctement l’objet à son nom. Les deux apparaissent clairement à cette perception. Font partie de ce groupe les perceptions qui appréhendent les phénomènes comme étant impermanents, contaminés et insatisfaisants.

La perception sans signe. C’est la perception qui ne connecte pas l’objet à son nom.

La perception limitée. C’est la perception qui se complaît dans les objets des cinq sens (associée donc au monde du désir). Elle est limitée parce qu’elle ne voit pas la réalité plus profonde. Elle s’attache à la réalité de surface et est liée à l’existence cyclique.

La perception étendue. Elle est associée au monde de la forme et survient chez un être qui a perçu les objets de plaisir du monde du désir comme n’étant pas dignes de s’y attacher.

La perception illimitée. Elle est associée aux deux premiers niveaux des absorptions méditatives du monde du sans-forme, à savoir : la sphère de l’espace infini et celle de l’infini de la conscience. Elle survient chez un être qui a perçu les objets de plaisir des deux mondes inférieurs comme n’étant pas dignes de s’y attacher.

La perception du néant. Elle est associée à l’absorption méditative du néant. A ce niveau les êtres pensent qu’il n’y a pas d’objet3.

L’intention4


L’intention est le mode cognitif qui dirige, ou engage, la cognition principale qu’elle accompagne vers son objet. C’est un peu comme si elle aimantait la cognition vers l’objet. Selon l’Abhidharmasamuccaya « c’est la construction de l’esprit, l’activité mentale (manaskara) », qui produit les actes physiques et verbaux. C’est l’acte intentionnel qui produit les actes voulus. Ces derniers sont classiquement au nombre de sept : trois par le corps5 et quatre par la parole6. En ajoutant les trois actes mentaux7 que sont les actes intentionnels nous arrivons aux dix actions non-salutaires.

L’intention dirige l’esprit vers des actes favorables, non-favorables et neutres. Ici on pourrait se référer aux enseignements sur le karma.

Le contact


Le contact est produit par la réunion des trois : cognition principale, faculté et objet. Sa fonction est d’être une base pour la sensation. Ainsi quand le contact rencontre un objet plaisant, il crée une sensation agréable.

L’application


L’application maintient la cognition sur un objet particulier. Tout comme l’intention elle engage la cognition et les modes cognitifs concomitants vers l’objet, mais à la différence de celle-ci, elle le fait vers des détails de l’objet.

D’après l’Abhidharmasamuccaya c’est la ténacité de la cognition et sa fonction est de tenir cette dernière sur l’objet (alambana).

Il y en a de six sortes selon qu’elle est associée à l’une des six cognitions de base (cinq sensorielles et une mentale).

Ces cinq modes cognitifs sont présents pour toute cognition. Sans sensation l’objet ne peut être senti, sans contact il n’y a pas de base à la sensation, sans perception il n’y a aucun moyen d’identifier l’objet, sans intention la cognition ne peux se diriger vers celui-ci et enfin sans application elle ne peut se diriger vers ses détails.

1 Ici samjna peut être traduit par identification, discernement, discrimination. Je retiens le terme le plus courant. Le terme perception est ici assez juste. Selon le Grand Dictionnaire de la Psychologie Larousse : « La perception a essentiellement une fonction cognitive d’interprétation des informations sensorielles. Elle suppose une activité de traitement des informations et correspond donc à une conception constructiviste. On est alors amené à distinguer des traitements guidés par le stimulus et qui sont de type ascendant et des traitements guidés par nos représentations ou nos concepts selon qu’y prédominent les informations sensorielles directement issues de la stimulation ou bien des connaissances antérieures sur le monde, etc. »

2 Abhidharmasamuccaya : « La perception de l’objet pourvue d’un signe ; Toutes perceptions sauf celles de celui (ou celle) qui est habile dans l’inexprimable, de celui qui a atteint l’état sans signe et de celui qui s’est élevé à la cime de l’existence. »

3 Ou ne pensent pas à un objet ?

4 Aussi traduite par volition. Le karma par définition est volition.

5 Tuer, voler, inconduite sexuelle.

6 Mentir, inciter à la division, insulter et bavarder.

7 L’avidité, la violence et les vues fausses.


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