Les cinq modes cognitifs
déterminatifs
On les appelle modes déterminatifs
car chacun détermine correctement son objet. Ce sont :
L’aspiration (chanda)
La détermination (adhimoksha)
L’attention (smrti)
La concentration (samadhi)
La sagesse (prajna)
L’aspiration
L’aspiration cherche à
posséder l’objet désiré. Sa fonction est
d’offrir une base à l’effort en vue d’acquérir
l’objet désiré. Cette recherche peut être
sous le mode d’obtention ou sous celui du rejet.
L’aspiration survient lorsque les
avantages de l’objet de contemplation sont vus. Un effort est
alors exercé et une énergie est mise à
disposition en conséquence, indépendamment des
difficultés. Cette énergie amène par la suite la
disponibilité et la relaxation corporelle et psychique.
Par exemple, en voyant les avantages
qu’il y a à réaliser l’impermanence,
l’insatisfaction, l’absence de soi et la vacuité
, l’aspiration naît. A sa suite viennent l’effort,
la patience envers les difficultés, la relaxation corporelle
et psychique et enfin le succès dans les méditations, à
savoir la réalisation des points en vue.
On peut définir trois types
d’aspirations :
L’aspiration souhaitant
atteindre ; par exemple le souhait d’atteindre l’amour
universel, la compassion, l’esprit d’Eveil ; mais
aussi rencontrer les Trois Joyaux, des Bodhisattva, etc.
L’aspiration souhaitant ne pas
être séparée d’un objet, par exemple de
bonnes qualités, du savoir, etc.
L’aspiration qui recherche, par
exemple des réalisations ou une compréhension dans le
futur.
On peut constater que l’aspiration
est similaire au désir avec la différence que ce terme
spécifique est réservé à un mode cognitif
qui appréhende un objet salutaire. Par ailleurs le terme
effort utilisé dans ce contexte est aussi réservé
aux actes salutaires et on pourrait parler d’enthousiasme.
En ce qui concerne la séquence
décrite, elle vient des enseignements portant sur le calme
mental (shamata). Le Samadhi ou
absorption méditative vient à la suite d’une
relaxation ou souplesse physique et psychique (accompagnée
d’une sensation de béatitude), qui vient elle-même
de la concentration, qui vient elle-même de l’effort
enthousiaste, qui vient lui-même de l’aspiration.
La détermination
La détermination sert à
maintenir en vue l’objet déjà trouvé par
l’aspiration. C’est une conviction que l’objet est
le bon et sa fonction est de ne pas revenir sur sa décision.
Par exemple la conviction que les Trois Joyaux sont bien le refuge
approprié.
Elle est assez semblable à la
foi du point de vue de la cause mais elles diffèrent par leur
fonction. La fonction de la détermination est la stabilité
et celle de la foi est de produire l’aspiration.
Dans le contexte de cette présentation
des modes cognitifs, les cinq déterminatifs sont positifs ou
salutaires, et leur objet est salutaire. L’aspiration et la
détermination sont la racine des autres vertus. Dans
l’Abhidharmakosha de Vasubhandu les dix premiers modes
cognitifs sont discutés dans le contexte plus large des actes
et objets salutaires, non-salutaires et neutres.
L’attention
L’attention
retient à l’esprit un objet déjà observé
et sa fonction est l’absence de distraction. Elle possède
trois aspects : elle est familiarisée avec l’objet,
elle ne l’oublie pas et elle demeure fixé sur lui sans
distraction. Si l’un de ces trois manque on ne saurait parler
d’attention proprement dite.
Un acte salutaire soutenu par
l’attention sera accompagné par une puissante
concentration. Nagarjuna a expliqué comment un esprit sans
attention est vite sous l’emprise des perturbations et
Shantidéva a dit de même
qu’une personne qui a foi dans les enseignements mais n’a
pas d’attention ne saurait parvenir à ses fins, tant il
est vrai qu’en son absence les perturbations s’accroissent
et les vertus décroissent.
L’attention et l’introspection
sont importantes pour les vœux des
trois niveaux : de libération individuelle (pratimoksha),
d’Eveil (bodhisattva) et du Tantra. Si l’attention
fait défaut, les perturbations s’accumulent, les fautes
aussi, et donc les conséquences karmiques négatives
s’empilent, les positives déjà accumulées
sont détruites et les nouvelles impossibles à établir !
En bref la précieuse renaissance humaine est gâchée.
Mais cela ne s’arrête pas là car sans vertu, les
vies à venir ne peuvent être heureuses, puisque les
causes ont été détruites ou bloquées.
Sans renaissance d’ordre supérieur il ne saurait y avoir
de cause pour la libération de l’insatisfaction ni pour
l’Eveil suprême.
Donc comme le dit Shantidéva, il
est triste de perdre des biens matériels mais beaucoup plus
triste encore de perdre l’attention.
La concentration
La concentration est le mode cognitif
qui reste fixé sans interruption sur l’objet examiné.
Sa fonction est de donner naissance à la sagesse.
Plusieurs objets de concentration
existent mais la « Voie graduée vers l’Eveil »
(Lam-rim) en mentionne quatre principaux :
Objet d’analyse (ou d’examen)
Objet contrecarrant
Objet de recouvrement
Objet du sage
L’objet examiné a été
contemplé par l’esprit qui se fixe ensuite sur lui. Il
s’agit d’un objet mental, la concentration ne pouvant
être atteinte en se fixant sur un objet des sens.
Le but de développer la
concentration est d’établir une base pour la sagesse
supérieure ou exaltée (à contrario d’une
sagesse mondaine qu’on pourrait appeler un « savoir-faire »).
En restant concentré sur l’objet on passe les neuf
étapes du calme mental, suite à quoi est établie
la vision supérieure qui réalise clairement et
individuellement cet objet. C’est sur la base de l’unification
de la concentration et de la vision supérieure que les
perturbations sont détruites.
La concentration dont il est question
ici est celle qui est incluse dans les trois entraînements
supérieurs : éthique, concentration et sagesse, à
développer dans l’ordre.
La sagesse
La sagesse est l’investigation ou
la discrimination des qualités de l’objet examiné.
Sa fonction consiste à exclure le doute.
L’investigation des qualités
signifie que la sagesse sait distinguer les objets à connaître
et à cultiver, des objets à connaître et à
abandonner. Ceux-ci peuvent être en effet salutaires,
non-salutaires ou neutres.
La sagesse peut discriminer quatre
aspects d’un objet :
La fonction : tout objet possède
une fonction et la sagesse identifie correctement (de façon
concordante avec la réalité) celle-ci.
La dépendance : tout
phénomène dépend d’autres phénomènes,
c’est ce que l’on désigne par interdépendance.
Le fait d’être correctement
avéré : la fonction particulière d’un
objet, à savoir (entre autre) sa capacité d’être
une cause pour un autre objet, est établie par une cognition
avérée.
La nature : celle ci peut être
appréhendée à plusieurs niveaux. Par exemple la
nature de l’eau est de couler vers le bas et celle du feu de
monter vers le haut et c’est leur nature ordinaire. A un autre
niveau leur nature ultime est la vacuité. Une autre encore est
la nature inconcevable (pour les êtres ordinaires), à
savoir la relation des phénomènes aux circonstances en
terme de karma résultant.