Les opinions (drsti)
L’opinion du
transitoire comme réel (satkayadrsti)
L’opinion du transitoire comme
réel observe le je ou le mien du continuum d’existence
et les saisit comme étant réels. Transitoire signifie
que le je et le mien sont vus comme existant en soi (et donc
permanents) alors qu’ils sont en fait transitoires. « Je »
réfère à la personne et « mien »
réfère à ce dont jouit la personne, à
savoir les agrégats.
L’Abhidharmasamuccaya
la définit ainsi : « C’est l’admission,
l’inclination, l’idée, le point de vue, l’opinion
de celui qui considère les cinq agrégats d’attachement
comme un Soi ou appartenant au Soi. Sa fonction consiste à
donner une base à toutes sortes d’opinions ».
Selon un soutra
il existe vingt divisions de l’opinion du transitoire comme
réel :
Considérer l’agrégat
de la forme de son propre continuum comme le soi.
Considérer le soi comme
possesseur de l’agrégat de la forme.
Considérer l’agrégat
de la forme comme support du soi.
Considérer le soi comme supporté
par l’agrégat de la forme.
En combinant ainsi avec chacun des
agrégats on arrive à vingt.
Nagarjuna reprend cette division dans
« Lettre à un ami » et Chandrakirti fait
de même dans « La voie du milieu ». Ce
dernier explique que ces opinions ne peuvent être détruites
que par l’usage de la hache aiguisée de la sagesse.
L’opinion qui
saisit les extrêmes (antagrahadrsti)
Cette opinion observe les mêmes
objets que précédemment et les considère comme
soit éternels soit annihilés à la mort. Sa
fonction est d’empêcher de trouver la voie du milieu.
L’opinion qui se
considère comme suprême (drstiparamarsa)
C’est l’opinion qui
considère les opinions (précédentes) ou les
agrégats qui sont la base de ces opinions comme suprêmes,
meilleures, extrêmement élevées ou éminentes.
Sa fonction est de donner une base aux idées fausses.
Les quatre vues erronées
concernant l’insatisfaction (les quatre aspects de la vérité
de la souffrance) sont comprises dans ces trois premières
opinions. Voir le sans-soi comme un soi est l’opinion du
transitoire comme réel. Voir l’impermanent comme
permanent est l’opinion extrême de l’éternalisme.
Voir l’impur comme pur et l’insatisfaisant comme bonheur
sont des opinions qui se considèrent comme suprêmes.
Ce type d’opinion renforce
particulièrement les opinions fausses. Il devient dès
lors très difficile de s’en détacher dans cette
vie ainsi que dans les vies futures.
L’opinion des
observances et des rites (silavrataparamrsa)
C’est l’opinion qui
considère certaines observances éthiques et certains
rites, ou les agrégats servant de bases à ceux-ci,
comme étant libérateurs. Sa fonction est de produire
des efforts vains.
L’opinion fausse
(mithyadrsti)
C’est l’opinion qui nie la
cause (hetu), ou l’effet
(phala) ou l’action (kriya),
ou qui rejette ce qui est (sat vastu)
ou conçoit des choses fausses. Sa fonction est de supprimer
les racines du salutaire (kusalamula),
de cultiver les racines du non-salutaire et de persévérer
dans le non-salutaire sans persévérer non plus dans le
salutaire.
Les trois premières opinions
sont des opinions fausses en ce qu’elles considèrent
faussement leur objet, mais elles ne sont pas l’opinion
fausse per se, en ce qu’elle ne coupe pas la racine du
salutaire,
comme le fait l’opinion fausse. Ce qui coupe la racine du
salutaire ne peut être qu’une opinion qui nie la
causalité. Cette racine est coupée graduellement,
jusqu’à ce que nous devenions nihiliste. Les vertus
disparaissent tandis que les opinions fausses augmentent.
La haine détruit le fruit des
actes salutaires à venir dans les vies suivantes, alors que
l’opinion fausse détruit les actes salutaires du passé.
Il s’ensuit que l’opinion fausse est l’acte
non-salutaire le plus grave parmi les dix.
La différence entre l’opinion
fausse et les autres est que celle ci est une négation tandis
que les quatre autres sont des surimpositions. Le statut de l’opinion
qui saisit les extrêmes est mitigé puisqu’un
aspect nie le continuum d’existence après la mort et
l’autre aspect affirme la permanence de ce continuum. Donc les
cinq opinions fausses sont réductibles à deux :
négation et surimposition.
Une autre précision à
apporter est que nier la causalité karmique n’est pas la
même chose que ne pas en avoir connaissance ou l’ignorer
passivement.