L’esprit et ses modes cognitifs

Les vingt perturbations secondaires


Les vingt perturbations secondaires



Ce sont des perturbations secondaires en ce qu’elles représentent des dérivés des six principales. Comme on va le voir, certaines sont associées à l’attachement, d’autres à l’aversion et d’autres enfin à l’ignorance.

La colère (khroda)


La colère est une malveillance dérivée de l’aversion, qui réagit « à chaud » sur l’objet d’aversion, et qui fournit une base à une attitude violente, à l’usage des armes, etc.

La différence avec l’aversion est que cette dernière peut survenir uniquement par la pensée qui se remémore des circonstances pénibles tandis que la colère réagit à une insatisfaction présente.

La rancune (upanaha)


C’est la continuité de l’aversion qui nourrit le désir de se venger et dont la fonction est de fournir une base à l’impatience.

L’hypocrisie (mraksa)


C’est le souhait, dérivé de l’ignorance, de cacher ses propres fautes et qui nourrit le remords et la nuisance. C’est l’opposé de la confession.

L’hostilité (prasada)


C’est une malveillance dérivée de l’aversion et précédée par la colère et la rancune qui pousse à avoir des paroles dures et violentes, à l’accumulation des actes non-salutaires et provoque la nuisance.


L’aversion, la colère, la rancune et l’hostilité sont toutes des modes cognitifs qui souhaitent nuire à autrui. La différence principale semble résider dans le moment de leur apparition puisqu’il y a une progression où l’on passe de l’aversion à l’envie de nuire qu’est la colère, qui nourrit la rancune pour finalement déboucher sur l’hostilité.

La jalousie (irsya)


C’est ne pas supporter voir les qualités ou les biens d’autrui. Elle dérive de l’aversion et sa fonction est de produire le malheur et la nuisance.

Elle maintien l’esprit dans un état d’agitation rien qu’en pensant au bien-être des autres.

L’avarice (matsarya)


C’est un fort attachement mental, dérivant de l’attachement, pour les biens matériels. Sa fonction est d’empêcher la vie simple. Le meilleur moyen de la combattre est de pratiquer la générosité.

La vantardise (maya)


C’est la duperie consistant à prétendre posséder des qualités que l’on n’a pas. Dérivée de l’attachement et de l’ignorance, sa fonction consiste à amener une vie malhonnête.


Il y a cinq façons d’être malhonnête :


L’attitude faussement humble, en vue d’obtenir des cadeaux ou des égards.

La flatterie, pour les mêmes motifs.

L’allusion subtile au fait qu’on aimerait bien avoir telle et telle chose.

La menace voilée qui explique aux autres que l’avarice est une cause de souffrance dans les vies futures.

Offrir une petite chose dans l’espoir de recevoir d’avantage en retour.

La dissimulation (sathya)


C’est cacher ses propres fautes en vue d’obtenir des biens ou des honneurs. Dérivé de l’attachement et de l’ignorance, sa fonction est de s’opposer à la réception d’instructions correctes.

La complaisance (mada)


C’est s’enorgueillir de signes de jeunesse, de santé, de longévité ou d’avantages enivrants. Dérivé de l’attachement sa fonction est de fournir une base à toutes les perturbations.

La violence (himsa)


Dérivée de l’aversion, c’est la cruauté sans amour ni compassion dont la fonction est de chercher à faire du mal à autrui.

On peut opérer soi-même, ou le faire faire ou encore se réjouir du mal fait aux autres qu’en on entend parler. Le Bouddha a souvent répété qu’une personne qui se laisse aller à ces trois attitudes ne saurait être son disciple.

Le manque de respect de soi-même (ahrikya)


Dérivé de l’aversion, de l’attachement et de l’ignorance, c’est le fait de ne pas avoir honte vis à vis de soi-même. Sa fonction est comme précédemment.


Le manque de respect vis à vis d’autrui (anapatrapya)


C’est la même chose que précédemment mais vis à vis des autres.

Les deux textes d’Abhidharma disent que toute perturbation est accompagnée des deux modes cognitifs précédents.



L’inertie (styana)


C’est la non-maniabilité de l’esprit, dérivé de l’ignorance et dont la fonction est la même que précédemment.

L’excitation (auddhatya)


C’est l’instabilité mentale qui poursuit les objets agréables. Dérivé de l’attachement sa fonction est d’empêcher le calme mental.

L’absence de foi (ashraddhya)


C’est l’opposé de la foi d’admiration, d’adhésion et d’aspiration. Dérivé de l’ignorance, sa fonction est de fournir une base à la paresse. C’est un état d’esprit qui pense que les points soulevés dans les enseignements sont absurdes, qui n’a aucun souhait d’en entendre parler et aucune appréciation du sens des mots utilisés.

La paresse (kausidya)


C’est l’absence d’effort dû à l’envie de dormir et de se laisser aller. Dérivé de l’ignorance, sa fonction est de faire obstacle aux activités salutaires.

Les désavantages de la paresse sont plus subtils à percevoir que ceux de perturbations plus fortes, telle que la colère ; en effet quand nous sommes soumis à elle, nous ne sentons pas le temps passer en vaines activités. Néanmoins ses effets sont destructeurs et le Bouddha a expliqué qu’elle est à la base de nombreuses perturbations.

L’indolence (pramada)


Travaillant de concert avec la paresse cet mode cognitif empêche le développement du salutaire et la protection de l’esprit envers les phénomènes contaminés. Associé aux trois perturbations racines sa fonction est d’accroître le non-salutaire et de décroître le salutaire.

La mémoire souillée (musitasmrtita)


C’est l’oubli du salutaire et le laisser-aller dans les souillures mentales dont la fonction est de servir de support à la distraction l’esprit.

L’inattention (asamprajanya)


C’est une intelligence souillée qui engage des actions mentales, verbales et physiques non-salutaires. Sa fonction est de fournir une base aux manquements éthiques.


La distraction (viksepa)


Elle dérive des trois poisons et sa fonction est d’éloigner l’esprit de son objet salutaire. Sa fonction est de s’opposer au détachement. Il y en a six types différents :


La distraction par nature : ce sont les cinq cognitions sensorielles qui éloignent spontanément l’esprit de son objet de concentration.

La distraction externe : c’est la dispersion de l’esprit dans les plaisirs des cinq sens.

La distraction interne : c’est soit l’excitation, l’engourdissement ou la jouissance durant la concentration.

La distraction concernant le but : c’est la recherche de la concentration (et de ses effets) dans le but d’être loué ou reconnu.

La distraction de l’agitation : [ selon l’Abhidharmasamuccaya ] « c’est la saisie, la dispersion, l’objectivation à l’égard de quelque sentiment qui se produise comme « moi », « mien » ou « je suis » en raison de la turbulence provenant de l’égoïsme, de l’amour propre et de l’orgueil « je suis » par celui qui poursuit le bien ».

La distraction de l’activité mentale : c’est une agitation qui survient chez celui ou celle qui entre dans des états méditatifs, notamment d’ordre régressifs (vers des niveaux inférieurs).


Les quatre modes cognitifs variables



Ces quatre modes cognitifs sont dits variables en ce qu’ils ne sont pas salutaires ou non-salutaires par leur propre force mais plutôt le deviennent en vertu des modes cognitifs qui les accompagnent.

Le sommeil (middha)


C’est un alourdissement ou une contraction de l’esprit rattaché à l’ignorance dont la fonction est de fournir une base à la négligence de ce que l’on doit faire. Le sommeil est salutaire si la motivation qui l’accompagne l’est et inversement. Il y a aussi des moments appropriés pour dormir et d’autres qui ne le sont pas, comme le milieu de la journée.

Le regret (kaukrtya)


C’est le repentir qui peut être salutaire ou non selon la motivation. Sa fonction consiste à s’opposer à la stabilité de l’esprit. Ainsi on peut regretter une bonne action (un don) ou au contraire une mauvaise action (un vol).

Si nous regrettons une action non-salutaire avant que le mûrissement ne survienne nous pouvons la purifier. Par contre si le regret survient durant le mûrissement nous ne pouvons pas la purifier.

Le raisonnement (vitarka)


C’est l’activité mentale d’investigation à un niveau grossier qui dépend de l’intention et de l’intelligence (prajna).

La réflexion (vicara)


C’est l’activité mentale qui réfléchit de façon subtile et dépend de l’intention et de l’intelligence (prajna).


La fonction de ces deux derniers modes cognitifs est de fournir une base à un état d’aise ou de malaise. Par exemple ils produisent des résultats positifs dans le cadre d’une situation elle-même positive, telle que la méditation du sans-soi dans le but de se libérer de l’existence cyclique.



ou


Forum