Juste
après l’éveil
Le
Tathagata reste sept jours en absorption, goûtant le plaisir de
la délivrance. A l’issue des sept jours dans la première
veille de la nuit il considère la production conditionnée
dans son sens de génération : Voici ce qui survient en
présence de cela, à savoir « ayant pour
condition l’ignorance, surviennent les formations ; (puis la
conscience, le corps-esprit, les six bases, le contact, la sensation,
la soif, la saisie, l’existence, la naissance et la vieillesse et la
mort avec son cortège de tristesse et de lamentations, de
douleur, d’affliction et de désespoir) ; C’est ainsi qu’il
existe une origine à toute cette masse de souffrance. Il
déclara alors (ses premières paroles) :
« Quand
les choses sont parfaitement claires
Au
brahmane méditant ardemment,
Ses
doutes disparaissent entièrement, car il sait
Que
chaque choses possède sa propre cause »
Dans
la seconde partie de la nuit il contemple l’ordre inverse : Ceci ne
survient pas en l’absence de cela, à savoir « avec
la cessation de l’ignorance cessent les formations », etc.
« Quand
les choses sont parfaitement claires
Au
brahmane méditant ardemment,
Ses
doutes disparaissent entièrement, car il perçoit
Comment
chaque chose se termine »
Dans
la troisième veille il contemple l’ordre de génération
et l’ordre inverse.
« Quand
les choses sont parfaitement claires
Au
brahmane alerte dans sa méditation,
Il
demeure tel le soleil éclairant le ciel
Repoussant
la suite de Mara. »
Il
a aussi déclaré :
« Ce
monde est dans l’angoisse, exposé au contact,
Même
ce que le monde dénomme « soi » est
souffrant ;
Car
peu importe sur quoi cela est conçu
La
réalité en est toujours autre.
Le
monde, dont l’être est de devenir autre,
Est
tenu à être, est exposé à être, ne
se plaît que dans l’être,
Pourtant ce en quoi il
se plaît apporte la peur, et ce qu’il craint est la douleur ;
Cette
vie sainte est vécue pour abandonner la souffrance. »
« Parmi
les brahmanes et les renonçants qui ont déclaré
que la libération de l’être survient par (l’amour de)
l’être, aucun d’eux, dis-je, n’atteint la libération de
l’être ; Et parmi ceux qui ont déclaré que
l’évasion de l’être survient par (l’amour du) le
non-être, aucun d’eux, dis-je, n’atteint l’évasion de
l’être. La souffrance survient à travers les fondements
de l’existence ; une fois toute saisie terminée, la souffrance
n’est plus. »
Après
une autre période de sept jours d’absorption méditative,
un brahmane hautain de l’espèce « hum-hum »
vient le voir et lui demande ce qu’est un brahmane, ce qui fait un
brahmane.
« Le
brahmane qui s’est défait de toute chose mauvaise,
qui
n’est pas hautain, sans tâche et ayant le contrôle de
soi,
Parfait
dans sa connaissance et vivant la vie pure (de brahma),
Celui
là peut user du mot « brahmane »,
Et
il ne dérive aucune fierté en ce monde. »
Durant
un autre séjour de sept jours en absorption, le grand Naga
Royal Moucalinda le protège d’une tempête en furie en le
recouvrant de son capuchon. Prenant l’apparence d’un jeune brahmane
il demeura les mains jointes et sachant ce qu’il attendait le
Bienheureux dit :
« La
vie retirée est un bonheur pour celui
qui est contenté,
Qui
a appris la doctrine et qui a vu.
Et
la bienveillance envers le monde est un bonheur
Pour
celui qui est tolérant envers les créatures.
Le
désintéressement dans le monde est un bonheur
Pour
celui qui a maîtrisé les désirs des sens.
Mais
se débarrasser de l’orgueil « je suis »,
Cela
est le plus grand bonheur de tous. »
Après
un autre séjour de sept jours en absorption, deux marchants
viennent lui offrir des gateaux de riz et du miel sur les conseils
d’une déité, et les quatre rois divins lui donnèrent
un bol pour accepter la nourriture. Ils furent les deux premiers à
prendre refuge.
A
une autre occasion, Brahma lui-même vint confirmer ce que
pensait le Bienheureux à savoir que cinq qualités sont
indispensables sur la voie spirituelle : la foi, la vigueur,
l’attention, la concentration et la sagesse. La même chose se
produisit quand il pensait comment les quatre attentions (au corps,
aux sensations, à la conscience et aux phénomènes)
« mènent à la purification des êtres,
à la fin des lamentations et de la douleur, à la
réalisation du vrai but, la réalisation du Nibbana. »
Mara
revient le tenter en essayant de générer le doute, en
vain.
Une
autre fois il se dit « Il n’est pas heureux celui qui
n’a personne à vénérer et rien à quoi se
conformer. Sous la direction de quel renonçant ou quel
brahmane pourrais-je vivre, tout en l’honorant et le respectant ? ».
Ne pouvant trouver quelqu’un proposant une meilleure doctrine que la
sienne et qui aurait réalisé celle-ci mieux que lui il
se dit : « Cette doctrine
que j’ai découverte, pourquoi ne pourrais-je pas vivre sous sa
direction, l’honorant et la respectant ? ». Et Brahma
lui dit que de fait les Tathagata du passé ont toujours fait
ainsi et que ceux du futur feront de même.
Se
disant que ce Dharma est trop subtil à pénétrer
pour ceux dont l’esprit est grossier, le bienheureux ne se décide
pas à l’enseigner. Brahma intervient et le décide en
invoquant la compassion, la justesse de ce Dharma et le fait que tous
les êtres « n’ont pas des trop de poussière
sur les yeux ». Ses deux maîtres étant
morts peu avant il se décide à enseigner les cinq
ascètes qui sont au Parc des Gazelles près de Sarnath.
Arrivé
là-bas les cinq ascètes le voient de loin. Ils décident
de ne pas lui montrer de signe de respect car « le
moine Gotama s’adonne de nouveau à la vie luxueuse et a
abandonné la lutte ». Pourtant irrésistiblement
ils se lèvent et viennent à sa rencontre afin de
l’accueillir comme il se doit.
Comme ils l’interpelle « ami » il leur dit
qu’on appelle pas un Parfait Éveillé ainsi ou par son
nom. Il leur dit que l’immortalité a été
atteinte par lui et qu’en recevant ses instructions ils pourront
réaliser de même par connaissance directe, justifiant
ainsi tous leurs efforts qui peuvent être mis en oeuvre par
ceux qui quittent la vie laïque pour la vie de renonçant.
Mais ils sont septiques car « le moine Gotama s’adonne
de nouveau à la vie luxueuse et a abandonné la lutte »
! L’échange se répète ainsi trois fois.
Finalement ils sont convaincus et écoutent le discours de la
révolution de la roue de la loi.