Réflexions

Bouddhisme et économie

Bouddhisme et économie

L’éthique bouddhique et la notion de karma

Le Dharma est athéiste, quoique non matérialiste. C’est une voie d’Eveil.

Le Bouddha, historiquement, s’oppose au système des castes et aux rituels sacrificiels. Que peut-on en déduire ? Que le mérite personnel n’est pas attaché à la naissance mais aux actes. Les actes sont motivés et donc le type d’acte le plus important est la motivation, qui ressort de l’esprit (conscience mais non restreint au sens de conscience morale). Les actes ont un effet immédiat et différé : le karma1. L’acte lui-même est le karma, l’effet différé, comme mûrissement, est le vipaka. Le karma à son tour sous-tend toute la compréhension éthique en Asie bouddhique et hindou. Sa Sainteté le Dalaï Lama donne une image saisissante et contemporaine de cet enchaînement karmique : semez un acte, vous récoltez un habitude, semez une habitude vous récoltez un trait de caractère, semez un trait de caractère vous récoltez une destinée.

Le Bouddha ne conteste pas en soi l’inégalité économique comme fait, puisqu’il accepte le support des riches, mais il n’en fait pas non plus une justification en droit. Autrement dit, il n’en dérive pas une préférence élitiste pour les classes dirigeantes (kshatrya et brahmine). Lui même est issu d’une caste dominante mais refuse d’assumer ses responsabilité de façon politique. Il choisit la voie du développement personnel et intérieur. Implicitement cela sous-entend que la société change quand les individus changent et non l’inverse. L’éducation reste néanmoins prioritaire, mais pas uniquement pour donner un sens du devoir selon une loi sociale ou étatique ; c’est la loi cosmique ou universelle2 qui prime. Cette loi exprime l’interdépendance dans ses multiples dimensions, dimensions parfois cachées ou obscures. La notion d’interdépendance ou de production conditionnée est la clef d’accès à la compréhension des phénomènes qui sont appelés dharma en sanskrit. L’enseignement du Bouddha est aussi le Dharma. Cette clef est le sésame herméneutique des enseignements et l’accès royal, comme le dit le réformateur religieux du XVe siècle Jé Tsongkhapa, à l’émancipation.

Concernant le développement personnel, tout dépend de la motivation des sujets. A la base, le bouddhisme a une approche égalitaire des potentiels humains. Tous ont la même potentialité spirituelle, riches ou pauvres, femmes ou hommes. Or la possibilité d’un développement spirituel est indissociable d’une attention aux actes et à leurs conséquences, au ‘karma’ donc. Il n’est pas un conséquentialisme de type utilitariste pour autant, car la motivation ou l’intention (cetana) est un facteur non moins important que les conséquences de l’acte. Qui plus est l’acte prend sens dans un contexte, un environnement naturel et historique, ce qui complexifie sa nature. L’acte est comme le reste un phénomène interdépendant, en particulier parce qu’il implique un agent, l’action elle-même et un objet ou une personne sur lequel il s’exerce. Sujet, action et objet forment une triade dont l’interdépendance marque en fait l’absence d’un sujet, d’une action et d’un objet qui existeraient en soi, de façon intrinsèque, substantielle ou inhérente.

Le Bienheureux a déplacé le poids éthique de l’action qui plaît aux dieux (à Dieu) à l’action qui est bonne « en son début, son milieu et sa fin ». Une bonne action est une action qui, au minimum ne nuit pas (par exemple la non-violence) et au mieux apporte une aide à autrui (la générosité par exemple). S’abstenir de mal agir est une composante importante de cette éthique pour la quelle le culte de l’action n’a pas lieu d’être.



Aussi le Dharmapada3 énonce-t-il cette stance canonique et universellement acceptée par les bouddhistes de tous horizon :

« Ne faire aucun mal,

Faire le bien,

Purifier son esprit,

Tel est l’enseignement du Bouddha »



Une action bonne ou méritoire n’est pas une action qui correspond à un décret social, politique ou religieux (argument d’autorité) mais une action qui est motivée par une attitude d’esprit vertueuse envers autrui et l’environnement vivant. La vertu (shila) est à son tour une qualité humaine qui s’inscrit dans la compréhension du mécanisme de rétribution karmique : une cause crée un effet. Donc une bonne cause crée un bon effet (de l’ordre du bonheur) et une mauvaise cause crée un mauvais effet (l’insatisfaction, la souffrance). Il y a une compréhension mécanique de la rétribution karmique mais aussi une compréhension holistique.

La doctrine du karma est une sorte de « loi » universelle. Mais il est difficile d’observer directement le karma à l’œuvre dans ses détails, car il fait partie des phénomène « extrêmement cachés », à la différence des phénomènes sensibles et les « phénomènes cachés », accessibles par la raison4. Ce qu’on appelle une « loi » ici est de l’ordre des phénomènes cachés et reste donc accessible à la raison. L’idée, centrale dans la doctrine bouddhique, est qu’un phénomène ne survient jamais sans cause ou raison et que la cause et l’effet sont appropriés. D’autre part, la cause n’agit jamais seule mais est toujours prise dans un réseau de conditions subsidiaires (hetu et pratyaya).

Cela permet d’invalider diverses théories comme le hasard, la création d’un monde ou prédomine la souffrance par un Dieu bon, l’émergence de phénomènes psychiques à partir de phénomènes uniquement matériels, etc. Ce dernier point mène à l’idée que la compréhension du karma ne prend sens qu’avec celle de la renaissance, vie après vie. Une question se pose alors : la croyance au karma et à la renaissance ne mène-telle pas à l’inaction sur le plan de la justice sociale, puisque ce qui prévaut est la ‘justice’ karmique ? En fait pas vraiment, puisque la compassion est un facteur central, ainsi que l’attention au bien-être d’autrui (maitri) et l’équanimité qui établi que nous sommes tous semblables puisque nous cherchons tous la satisfaction et évitons l’insatisfaction. De plus les autres sont nécessaires à l’accomplissement de actes justes, comme le remarquait aussi Aristote dans l’Ethique à Nicomaque. La patience par exemple nécessite des « ennemis » et à ce titre les ennemis sont loués, voire recherchés, pour l’opportunité qu’ils donnent d’accomplir la perfection de la patience.

Enfin, parler de justice karmique est sans doute excessif, car il n’y a pas d’intention à l’œuvre derrière la coproduction conditionnée hormis celle des acteurs5. Il n’y a pas de plan de création ou de Providence, pas d’intelligence suprême qui plane au dessus de la création et tire les ficelles ou met en place l’univers comme théâtre d’action (idée de la maya hindou). Ce point diffère radicalement des vues occidentales usuelles, car en même temps il n’y a pas de séparation nature/culture ou nature/esprit6.

L’esprit-conscience, dont il faudrait développer les modalités effectives, est un phénomène naturel. Il n’y a pas de séparation entre une raison théorique et une raison pratique. La justice n’est donc pas une abstraction universelle qu’il faudrait étudier en soi ou a priori. Elle n’a pas d’intention non plus. L’intention se situe dans chaque acteur ou agent et c’est leur interaction qui définit des généralisations possibles en terme de loi : ne pas tuer, ne pas voler, etc7. Donc le bien et le mal résultent d’une coproduction conditionnée et n’ont pas d’essence en soi (Idée platonicienne, idée transcendante immanentisée aristotélicienne, justice divine, loi de Dieu, etc). La justice sociale ne devant rien à une onto-théologie, les équilibres et les structures sociales ne sont pas sacralisées. Le karma n’a rien de sacré, il est, c’est tout. Voir plus bas pour une analyse sociologique.

Les moyens d’existence justes

La voie que propose le Bouddha peut être résumé dans le sentier octuple, du moins dans sa version hinayaniste :

  1. Le groupe de la discipline éthique (shila)  : (1) la parole juste8, (2) l’action juste et (3) les moyens d’existence justes.

  2. Le groupe de la concentration (samadhi)  : (4) l’effort juste, (5) l’attention juste et (6) la concentration juste.

  3. Le groupe de la sagesse (prajna)  : (7) la vue juste et (8) la pensée juste.



Ce qui nous intéresse ici particulièrement est le (3). Cela concerne nos moyens de subsistance. Tout ce qui est illégal, violent, frauduleux ou nuisible à autrui est à éviter. En particulier, certaines activité marchandes sont spécifiquement citées par le Bouddha : le commerce d’armements, d’êtres sensibles (y-compris les animaux), de viandes, de poisons (substances toxiques  ?) et d’intoxicants.

Quelle est la définition ? C’est mener sa vie selon de justes moyens d’existence, ayant écarté les moyens malhonnêtes. Les sutras réfèrent explicitement à un équilibre entre l’avarice et l’ascétisme et l’excès dans la débauche. Il mentionnent aussi l’équilibre du budget, où dépenses et revenus s’équilibrent. Tout cela exige le discernement, c’est à dire la vue juste (7). Mais cela requiert aussi l’effort (4) et l’attention (5).

Mais il n’est pas inutile d’associer à ces remarques la parole juste dans le contexte d’une économie de marché dont on dit qu’elle a pour ressort la confiance. Le consumérisme a terriblement banalisé le mensonge sous la guise d’un discours marketing publicitaire absurde, superficiel et trompeur dont les premières victimes sont les populations jeunes.

La générosité

Selon l’éthique de vie mahayaniste des six perfections, un facteur est à retenir : le don (dana). La perfection du don laisse entrevoir une générosité qui ne peut se satisfaire d’un bien-être matériel quand d’autres vivent dans le dénuement. La motivation est ici triple : aider son prochain et soulager la misère, ne pas renaître dans des conditions inférieures par la force de l’avarice et accumuler les provisions de mérite (punya-sambhara) en vue d’atteindre l’éveil complet et parfait pour le bien de tous les êtres. Comme le dit Nagarjouna dans la Lettre à un ami  :

« Le bien d’autrui s’accomplit par le don et l’éthique,

Notre propre bien par la patience et l’effort,

La concentration et la sagesse sont causes d’émancipation.

Ceci résume le sens du véhicule universel (Mahayana). »9

Cette motivation est renforcée par la conscience aigüe de l’évanescence de la vie et de la vanité des œuvres faites pour ce monde uniquement.

« Abandonnant toute possession

Sans autre choix, il te faudra partir,

Mais tout ce qui a été utilisé pour le dharma

Te précèdera. »10

La générosité est en premier lieu une attitude à cultiver, on n’est pas en défaut si l’on a rien à offrir en dépit de l’intention. C’est pourquoi sa perfection est possible. Elle revêt plusieurs formes et classiquement on en distingue quatre sortes : le don matériel, le don d’éducation, le don de protection et le don d’amour. S’il est impossible de s’émanciper ni d’atteindre l’éveil sans la générosité, il semble en bonne logique que les principes d’accumulation illimités pour soi ou pour les siens tels qu’ils définissent le libéralisme actuel sont contraires à l’idéal bouddhique. C’est sans doute pourquoi nombre de bouddhistes ont un sens pour la justice sociale sous forme de répartition. La difficulté surgit au niveau des états qui revendiquent le bouddhisme comme leur religion officielle. On ne voit pas que ces pays soient plus ou moins généreux que les autres.



Un exemple d’application de principes bouddhiques

Sazo Idemitsu (1885-1981) a fondé en 1911 Idemitsu Shôkai, plus tard nommé Idemitsu Kôsan (1940), une compagnie pétrolière spécialisée dans les huiles industrielles. Il fut un collectionneur d’art (Musée Idemitsu et Centre culturel du Moyen-Orient) et admirateur de Sengai, maître Zen respecté.

La compagnie Idemitsu Kôsan, qui a acquis une part de sa notoriété par la chanson publicitaire « Maido, maido », a développé dans tout le pays un réseau de 5 500 stations-services. Elle possède des concessions du nord au sud, de Hokkaido jusqu’à Okinawa et développe ses activités dans 29 villes étrangères en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, en Océanie, aux États-Unis ...

Le principe de son succès tient en quelques lignes :

  1. Le respect de l’homme. C’est la valeur clef. Pour lui, le capital d’une entreprise est le personnel, les humains, et non l’argent, qui est secondaire. Rendre les personnes heureuses dans leur travail. « Le salaire est l’assurance matérielle de la vie quotidienne, ce n’est pas un comportement de patron vis-à-vis d’un employé. 11 ». La salaire est calculé selon la situation de famille (un peu comme les impôts chez nous) et, bien sûr, les talents et le zèle.

  2. Le modèle de l’entreprise-famille. Pour nous cela a un côté désuet et paternaliste, voire un peu « despote éclairé ». Il n’a jamais licencié ses employés même en grande période de récession et de crise durant la guerre. D’un autre côté le personnel n’est jamais adopté de l’extérieur, il est formé sur place. La résolution des problèmes est opérée sur un modèle familiale.

  3. L’autonomie et l’indépendance. C’est l’autonomie responsable de chacun dans son travail. Les études, discussions, l’orientation du travail sont libres, ouvertes. En cas de divergence profonde, c’est l’entreprise qui compte néanmoins.

  4. Ne pas être esclave de l’argent. Le point essentielle pour une entreprise reste le travail et non l’argent. En ce sens, Idemitsu n’a jamais capitalisé à outrance. Il faut surtout éviter les frais inutiles.

  5. Du producteur au consommateur. Idemitsu a gagné la confiance des consommateurs en adoptant le principe d’éliminer les intermédiaires, dans une politique de lien directe entre producteur et consommateur (pas nécessairement les particuliers, cela peut être les détaillants). Le problème avec les grossistes et intermédiaires est l’accaparation de marchandises et le jeu sur les prix. Cela revient à du monopole et avant-guerre les compagnies pétrolières étrangères (Shell, Standart, Texas) avaient ce monopole du marché.

En résumé, ce qu’il peut y avoir de Zen et de bouddhique dans cette façon de voir et de faire 12 est :

  1. Le minimalisme : le mot d’ordre « bannissez l’inutilité ». Le minimalisme est dérivé de l’attitude de détachement, c’est à dire de non-saisie, de non-accumulation.

  2. Le respect de l’homme. Le Zen est une forme du bouddhisme et comme tel cultive nécessairement l’équanimité, l’amour universel et la compassion. Le bouddhisme privilégie l’individu comme facteur de transformation et non le système. C’est pourquoi il n’y a pas de philosophie politique dans cette voie et d’ailleurs le Bouddha a refusé la voir royale pour la voie méditative. Si les communistes et les marxistes avaient médité cet enseignement dans sa profondeur, au lieu de la rejeter comme un religion de plus qui exploite la crédulité du peuple, ils auraient évité les erreurs monumentales commises contre ces mêmes peuples. Mais se transformer soi-même a nécessairement des effets sur autrui, son environnement proche et plus largement la société. Cela n’en fait donc pas une voie individualiste, au contraire. L’interdépendance en est le maître mot. Aussi cela n’est pas contradictoire avec le principe d’indépendance mentionné plus haut par Idemitsu.

  3. La valeur du travail. Certians monastères Zen ont imposé le mot d’ordre : « Un jour sans travail est un jour sans manger ». Ceci est propre au bouddhisme d’Extrême-Orient.

  4. La relativisation des biens matériels (l’argent) pour le bonheur. L’attachement, en particulier aux biens matériels, censés être source de bonheur, est en fait cause d’insatisfaction. C’est l’insatisfaction du changement. Mais l’attachement crée aussi des modes de vie et des actes qui deviennent directement cause de souffrance, qui est un autre mode de l’insatisfaction.

  5. Une conception de la beauté même dans le quotidien. L’art comme création (la conception « du producteur au consommateur » était nouvelle au Japon), beauté et effort. Le Zen est connu pour son approche terre-à-terre de la spiritualité.

1A noter la théorie d’Alaisdair MacIntyre : Après la vertu. Les actes vertueux ont deux sortes d’effets : des retombées matérielles et sociales secondaires et un changement de caractère, donc une orientation de la personnalité. En tout cas le rapport entre les mérites moraux et les avantages extérieurs qu’ils octroient n’est pas une loi sûre, même si elle fonctionne assez souvent. Par contre selon le Bouddha, le rapport de l’acte au continuum d’existence d’une personne de vie en vie et en terme de causalité est une loi cosmique, naturelle et impersonnelle incontournable. Voire le premier vers du Dhammapada :

« L’esprit est l’avant coureur des conditions, l’esprit en est le chef, et les conditions sont façonnées par l’esprit. Si avec un esprit impur, quelqu’un parle ou agit, alors la douleur le suit comme la roue suit le sabot du bœuf.

L’esprit est l’avant coureur des conditions, l’esprit en est le chef, et les conditions sont façonnées par l’esprit. si avec un esprit pur, quelque’ un parle ou agit, alors le bonheur le suit comme l’ombre qui jamais ne le quitte. »



2Loi de causalité, première formulation de cette loi selon Guy Bugeault in Stances du milieu par excellence et L’Inde pense-t-elle ? Majjhimanikaya III : « Ceci étant, cela est. Ceci apparaissant, cela apparaît. Ceci n’étant plus, cela n’est pas. Ceci cessant, cela cesse. » C’est la loi de coproduction conditionnée : pratitya-samutpada.

3Stance 183.

4Cette division est une des bases de l’épistémologie bouddhique due à Dignaga et Dharmakirti. Les moyens de connaissance valide (pramana) sont de trois ordres : la perception directe (pratyaksha), l’inférence (anumana) et les écritures (agama). La connaissance par les écritures relève de la confiance (shradda) ou de la foi, mais jamais d’une foi « aveugle » car les enseignements du Bouddha sur les phénomènes extrêmement cachés sont acceptés sur la base d’un certain nombre de critères qui évaluent la véracité des paroles du maître. Ces enseignements ne doivent pas contredire les phénomènes facilement accessibles à tous, ni la raison, c’est à dire ne doivent pas être contradictoires.

5On pourrait penser à Max Weber : il n’y a que des acteurs intentionnels particuliers, pas d’intention générale, pas de conscience universelle, etc. Ces façons de parler sont donc trompeuses, comme lorsque l’on naturalise l’histoire ou les lois du marché par exemple.

6C’est un point qui mériterait une étude approfondie. On peut lire Par-delà nature et culture de Philippe Descolat pour comprendre que cette opposition tant rabattue en philosophie occidentale est un produit historique récent. Il est vrai néanmoins que la distinction entre une cause et une raison mise en évidence par la philosophie analytique (voir Philosophie, mythologie et pseudo-science : Wittgenstein lecteur de Freud de Jacques Bouveresse) pose question. Pour la philosophie bouddhique, une intention crée des effets car elle motive l’action et la pensée elle-même est une activité, mais les raisons conceptuelles (kalpana) qui la motivent sont des phénomènes permanents et incapables de produire des effets, en quoi l’on peut retrouver certaines distinctions classiques en Occident. Les concepts par contre, sont des constructions mentale (vikalpa) et aucunement des « essences » ou des idées platoniciennes (eidos).

7Les cinq préceptes (pancashila) :

· S’abstenir de tuer et de nuire à toute créature, y compris les animaux, insectes...

· S’abstenir de voler et de prendre ce qui n’est pas donné. Respecter la propriété d’autrui.

· S’abstenir de comportements sexuels nuisibles et de tromperie.

· S’abstenir de critiques, mensonges, commérages, paroles futiles. Ne prononcer que des paroles vraies, utiles, bienveillantes et agréables à entendre.

· S’abstenir de consommer de l’alcool et des stupéfiants qui peuvent entraîner une perte de vigilance et causer du tort. La vigilance s’acquiert par la méditation.

8Hursthouse dans Virtue Ethics souligne que la vertu implique la connaissance et suppose d’avoir l’attitude juste (right). « Juste » ne signifie pas ici « moralement juste » ou « convenable » ou « aimable » dans le sens moderne ; il signifie « exact (accurate), vrai ». « On ne peut pas avoir l’attitude juste ou correcte vis-à-vis de quelque chose si l’attitude repose sur des croyances fausses ou implique des croyances fausses » C’est une bonne adaptation possible au terme sanskrit sama.

9Stance 381

10Stance 313

11Remarque étrange de prime abord, mais profondément juste si on sait prendre un recul par rapport aux normes implicites du monde du travail en Occident. Le patron fait toujours sentir à l’employé que le moment de la paye est à sa discrétion, comme si cela était une sorte de cadeau rendu pour bon service accompli. C’est aussi une attitude infantilisante qui veut s’assurer que les employés sont assujettis. En fait, ce sont autant les employés qui font vivre le patron.

12Sazo Idemitsu dit devoir sa philosophie à la culture ancestrale japonaise, qui lui fut transmise par son père et certains de ses enseignants à l’Ecole des Hautes Études Commerciales de Kobé. « Le professeur Mizushima dans son discours de cérémonie de remise des diplômes nous avait dit : « Même sur un roc, patiente trois ans » ; j’ai combattu désespérément avec ce seul soutien. » Il déclare aussi : « J’ai fait confiance à l’enseignement que j’ai reçu, j’y ai cru, et je l’ai mis en pratique ».


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