Bouddhisme
à la mode
Il est commun d’entendre
dire que le bouddhisme est devenu un phénomène de mode.
Cela est sans doute vrai et demande à être analysé.
De manière plus générale, les religions et la
spiritualité redeviennent « à la mode ».
Mais mon propos portera uniquement sur le bouddhisme.
Qu’est ce qui permet
de parler de mode ?
Des articles sur le
bouddhisme paraissent régulièrement dans des journaux
et des revues qui traitent superficiellement de faits de société
ou de sujets triviaux.
Dans les Tabacs et les
papeteries on trouve des rosaires bouddhiques chinois entre les
chewing-gums et les jeux à gratter.
Des émissions
télévisées de plus en plus nombreuses traitent
des différentes façons de vivre le bouddhisme. Mais
elles baissent en qualité au fil des années et
pourraient aussi bien nous parler de n’importe quel lubie du New-Age.
Des publicités
nous montrent des moines tibétains, un peu niais mais bien
sympathiques quand même, qui mangent du fromage suisse ou se
servent d’insecticide (ce qui est un comble !).
Enfin, il ne faut pas
oublier l’attrait de l’exotisme, qui lui n’est pas nouveau cependant.
Plus sérieusement,
quand Sa Sainteté le Dalai Lama vient en France il n’y a plus
300 personnes pour l’écouter, comme dans les années 80,
mais 8000. On trouve ses livres dans tous les kiosques. Chaque maison
d’édition s’efforce de publier son livre d’introduction au
bouddhisme.
Les représentants
du bouddhisme sont de plus en plus souvent invités à
des rencontres inter-religieuses ou scientifiques (bioéthique,
psychologie, médecine, counselling et management, écologie,
etc.).
Mieux, ce sont les
organisations bouddhiques qui organisent de telles rencontres de
grande ampleur (Rencontre Inter-tradition à Karmaling en
1997).
Les centres bouddhistes
sont nombreux en France, et une émission est consacrée
au bouddhisme le dimanche matin sur la chaîne nationale.
De tout cela allons
nous nous plaindre ?
Parce qu’un bouddhiste
est convaincu de la justesse des enseignements du Bouddha, il aurait
mauvaise grâce à le faire. Le Dharma est une direction
indiquant la libération de la souffrance pour « tous
les êtres », à fortiori pour des occidentaux
au XXIème siècle.
D’autre part il est juste
de reconnaître ce Bouddha-Dharma comme une des grandes
contributions à la philosophie universelle et comme l’une des
grandes religions de l’humanité. Car hormis quelques experts
du début du siècle, et en laissant de côté
les avis peu informés des philosophes modernes (Nietzsche,
Schopenhauer et d’autres), le bouddhisme n’a attiré
l’attention que très récemment en Occident (la Beat
Generation).
Pourtant une certaine
appréhension semble légitime
C’est que les modes sont
superficielles, passent et repassent et que ses objets sont consommés
comme n’importe quel autre produit, puis jetés sans autre
considération.
Toute mode ne subit-elle
pas tôt ou tard (de plus en plus rapidement) son contre-coup ?
S’il s’agit d’une doctrine, il ne manquera pas de se faire entendre
une anti-doctrine et des critiques idéologiques.
Par ailleurs il est à
craindre que les simplifications abusives d’un mode de pensée
relativement complexe accélèrent une dégénérescence
annoncée (prophétie du Bouddha).
Il est à craindre
aussi que sous l’effet de mode, cet enseignement soit abordé
sur un mode émotionnel ou passionnel, ce qui irait à
l’encontre d’une approche mesurée propre à l’esprit
bouddhique. Finalement, plutôt que d’aborder cette voie avec
l’humilité requise, on pourrait s’en emparer comme d’un slogan
pour afficher son originalité.
Il faut noter enfin que
depuis quelques années le Dalai Lama invite les gens à
garder leur confession native et à l’approfondir et qu’il
décourage fortement la conversion au bouddhisme. Ou bien,
qu’il est préférable, généralement, que
les pratiquants bouddhistes occidentaux restent intégrés
à leur communauté d’appartenance plutôt que
d’adopter des coutumes qui ne sont pas les leurs.