Bouddhisme et modernité

Bouddhisme et aspects de la contemporanéité

Bouddhisme et aspects de la contemporanéité


Ces réserves mises de côté, et que les milieux concernés devront certainement prendre en compte dans les années à venir, il est intéressant de voir en quoi le bouddhisme s’intègre plutôt bien à la modernité. Je ne pense pas que cela suffise à expliquer son succès en tant que mode, parce que de nombreuses sectes prolifèrent actuellement sans pouvoir justifier des mêmes caractéristiques. Mais cela peut expliquer en quoi son essor pourrait avoir quelque chose de plus profond et durable qu’une mode. Il ne faut pas oublier par ailleurs que l’arrivée du Bouddhisme en Occident remonte au début du XXème siècle avec le Zen aux États-Unis et qu’ainsi la gestation du phénomène de « mode » n’a rien à voir avec un feu de paille.



Certaines des caractéristiques de nos sociétés occidentales modernes telles que


  • l’éthique et l’éducation laïques inspirées de l’humanisme,

  • la prégnance du discours et de la pratique scientifique,

  • et le statut privilégié de l’individu,


pourraient être mises en parallèle avec l’enseignement du Bouddha, qui, ne s’appuyant pas sur une révélation, en son fondement


  • émerge d’une expérience humainement possible (le témoignage du Bouddha et du Sangha)

  • expliquée en termes de causalité et d’interdépendance adressant des questions immédiates (la souffrance)

  • et s’appuyant sur la responsabilité et le vécu direct de la personne.

de sorte qu’il puisse trouver un climat propice en cette époque sous nos latitudes.





Pourtant certains aspects du bouddhisme ont souvent été mal compris et un nombres d’expressions ambiguës ont été utilisées à leur propos sans que cela n’aide beaucoup à en saisir la portée véritable :

  • le Bouddha était athée, parce qu’il n’acceptait pas la révélation des Védas comme parole de Dieu et surtout parce qu’il niait l’existence du Dieu créateur ;

  • il était agnostique parce qu’il refusait de répondre aux questions métaphysiques ;

  • le Dharma n’est pas une religion mais une philosophie (de vie)

  • voire, c’est une philosophie nihiliste puisqu’elle propose le néant de l’être comme but et comme vérité ultime ou une vision pessimiste puisqu’elle se base sur l’idée de souffrance

  • ou plus simplement une éthique sans mystique

  • mais l’inverse aussi a été dit à propos du Mahayana : il est un monisme à forte teneur mystique1.


C’est qu’en effet cet enseignement nous est parvenu en Occident sous des formes plutôt mal informées dans un premier temps. On peut dire en s’appuyant sur des études récentes2 que la connaissance authentique du bouddhisme n’est accessible que depuis la venue des maîtres orientaux en Occident, qui accordent la transmission de la lignée orale3 aux occidentaux, mais aussi aux orientaux expatriés.


Le travail d’érudition de certains pionniers de « l’Orientalisme » académique est aussi à noter, puisqu’ils ont rendu une partie de la tradition écrite accessible. Enfin, des ouvrages universitaires de haute qualité nous parviennent depuis 20 ans environ, des États-Unis principalement, donnant accès à des sources indispensables pour mieux comprendre le bouddhisme.


De tout cela que penser ?


Le Bouddhisme en tant que mouvement religieux est un ensemble complexe qui a évolué et continue de le faire, sur des périodes et des étendues géographiques de grande échelle. Il est donc évident qu’il n’est pas toujours possible d’en parler comme d’une tradition unitaire. Il existe autant de différence entre le Hinayana (véhicule individuel) et le Mahayana (véhicule universel) qu’entre le Judaïsme et le Christianisme. Deux facteurs sont donc à prendre en compte :


  • l’évolution historique des doctrines et des courants philosophiques

  • l’assimilation réciproque du bouddhisme et des cultures de ses contrées d’adoption


Concernant le premier point il est indéniable que les doctrines ont changé avec le temps, la rupture la plus importante étant celle de l’opposition du véhicule individuel et du véhicule universel, quatre cents ans environ après l’époque du Bouddha. S’il n’a rien écrit, ses enseignements ont pourtant été compilés à plusieurs reprises et par plusieurs écoles pour finalement passer à l’écriture au début de notre ère. On trouve donc de nombreuses strates de ces courants doctrinaux à travers les traditions asiatiques qui ont survécu à ce jour.


Il y a toujours eu une émulation philosophique entre les écoles bouddhiques, mais aussi avec les nombreuses traditions de l’hindouisme. Déjà de son temps, le Bouddha débattait couramment des mérites des diverses pratiques et croyances religieuses, avec les nombreux ascètes et brahmanes qu’il rencontrait sur les routes, mais aussi avec des agriculteurs, des marchands ou des rois, des princes et des gens de la cour.

De la nécessité de clarifier leurs positions théoriques face à des opposants d’autres courants religieux, les érudits bouddhistes ont écrit d’admirables traités qui constituent un corpus vaste et varié qui continue d’être débattu de nos jours, dans les monastères tibétains par exemple.


Pour l’autre point il est clair, là aussi, que chaque culture a assimilé et coloré l’enseignement selon ses caractéristiques propres. L’enseignement central du Bouddha est déjà coloré par la vision religieuse de l’Inde de l’époque. Mais l’inverse est aussi vrai, à savoir que le bouddhisme a beaucoup influencé l’Inde, ainsi que tous les pays où il s’est établi. Si bien qu’il est souvent difficile de faire la part des choses entre ce qui est proprement culturel à une tradition bouddhique et ce qui en constitue l’essence.

Plutôt que de rentrer dans le détail des différences nous allons tenter de définir ce qui est central et commun à toutes les traditions.

1Ainsi le Théravada a été comparé au protestantisme et le Vajrayana tibétain au catholicisme ; voir Donald S. Lopez : Prisoners of Shanri-la, Chicago.

2Voir Journal of Buddhist Ethics http:jbe.la.psu.edu. Voir aussi les deux ouvrages du sociologue Frédéric Lenoir.

3Dont l’importance est fondamentale sans doute parce que nous n’avons pas à faire à une religion du livre


ou


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