Bouddhisme
et aspects de la contemporanéité
Ces réserves mises
de côté, et que les milieux concernés devront
certainement prendre en compte dans les années à venir,
il est intéressant de voir en quoi le bouddhisme s’intègre
plutôt bien à la modernité. Je ne pense pas que
cela suffise à expliquer son succès en tant que mode,
parce que de nombreuses sectes prolifèrent actuellement sans
pouvoir justifier des mêmes caractéristiques. Mais cela
peut expliquer en quoi son essor pourrait avoir quelque chose de plus
profond et durable qu’une mode. Il ne faut pas oublier par ailleurs
que l’arrivée du Bouddhisme en Occident remonte au début
du XXème siècle avec le Zen aux États-Unis
et qu’ainsi la gestation du phénomène de « mode »
n’a rien à voir avec un feu de paille.
Certaines des
caractéristiques de nos sociétés occidentales
modernes telles que
pourraient
être mises en parallèle avec l’enseignement du Bouddha,
qui, ne s’appuyant pas sur une révélation, en son
fondement
émerge d’une
expérience humainement possible (le témoignage du
Bouddha et du Sangha)
expliquée en
termes de causalité et d’interdépendance adressant
des questions immédiates (la souffrance)
et s’appuyant sur
la responsabilité et le vécu direct de la personne.
de
sorte qu’il puisse trouver un climat propice en cette époque
sous nos latitudes.
Pourtant certains aspects
du bouddhisme ont souvent été mal compris et un nombres
d’expressions ambiguës ont été utilisées à
leur propos sans que cela n’aide beaucoup à en saisir la
portée véritable :
le Bouddha était
athée, parce qu’il n’acceptait pas la révélation
des Védas comme parole de Dieu et surtout parce qu’il niait
l’existence du Dieu créateur ;
il était
agnostique parce qu’il refusait de répondre aux
questions métaphysiques ;
le Dharma n’est pas
une religion mais une philosophie (de vie)
voire, c’est une
philosophie nihiliste puisqu’elle propose le néant de
l’être comme but et comme vérité ultime ou une
vision pessimiste puisqu’elle se base sur l’idée de
souffrance
ou plus simplement
une éthique sans mystique
mais l’inverse aussi
a été dit à propos du Mahayana : il est un
monisme à forte teneur mystique.
C’est qu’en effet cet
enseignement nous est parvenu en Occident sous des formes plutôt
mal informées dans un premier temps. On peut dire en
s’appuyant sur des études récentes
que la connaissance authentique du bouddhisme n’est accessible que
depuis la venue des maîtres orientaux en Occident, qui
accordent la transmission de la lignée orale
aux occidentaux, mais aussi aux orientaux expatriés.
Le travail d’érudition
de certains pionniers de « l’Orientalisme »
académique est aussi à noter, puisqu’ils ont rendu une
partie de la tradition écrite accessible. Enfin, des ouvrages
universitaires de haute qualité nous parviennent depuis 20 ans
environ, des États-Unis principalement, donnant accès à
des sources indispensables pour mieux comprendre le bouddhisme.
De tout cela que
penser ?
Le Bouddhisme en tant que
mouvement religieux est un ensemble complexe qui a évolué
et continue de le faire, sur des périodes et des étendues
géographiques de grande échelle. Il est donc évident
qu’il n’est pas toujours possible d’en parler comme d’une tradition
unitaire. Il existe autant de différence entre le Hinayana
(véhicule individuel) et le Mahayana (véhicule
universel) qu’entre le Judaïsme et le Christianisme. Deux
facteurs sont donc à prendre en compte :
Concernant le premier
point il est indéniable que les doctrines ont changé
avec le temps, la rupture la plus importante étant celle de
l’opposition du véhicule individuel et du véhicule
universel, quatre cents ans environ après l’époque du
Bouddha. S’il n’a rien écrit, ses enseignements ont pourtant
été compilés à plusieurs reprises et par
plusieurs écoles pour finalement passer à l’écriture
au début de notre ère. On trouve donc de nombreuses
strates de ces courants doctrinaux à travers les traditions
asiatiques qui ont survécu à ce jour.
Il y a toujours eu une
émulation philosophique entre les écoles bouddhiques,
mais aussi avec les nombreuses traditions de l’hindouisme. Déjà
de son temps, le Bouddha débattait couramment des mérites
des diverses pratiques et croyances religieuses, avec les nombreux
ascètes et brahmanes qu’il rencontrait sur les routes, mais
aussi avec des agriculteurs, des marchands ou des rois, des princes
et des gens de la cour.
De la nécessité
de clarifier leurs positions théoriques face à des
opposants d’autres courants religieux, les érudits bouddhistes
ont écrit d’admirables traités qui constituent un
corpus vaste et varié qui continue d’être débattu
de nos jours, dans les monastères tibétains par
exemple.
Pour l’autre
point il est clair, là aussi, que chaque culture a
assimilé et coloré l’enseignement selon ses
caractéristiques propres. L’enseignement central du Bouddha
est déjà coloré par la vision religieuse de
l’Inde de l’époque. Mais l’inverse est aussi vrai, à
savoir que le bouddhisme a beaucoup influencé l’Inde, ainsi
que tous les pays où il s’est établi. Si bien qu’il est
souvent difficile de faire la part des choses entre ce qui est
proprement culturel à une tradition bouddhique et ce qui en
constitue l’essence.
Plutôt que de
rentrer dans le détail des différences nous allons
tenter de définir ce qui est central et commun à toutes
les traditions.