Réflexions

La production conditionnée de l’ignorance

Un processus fondamental à comprendre

LE PROCESSUS DE PRODUCTION DE LA SOUFFRANCE A PARTIR DE L’IGNORANCE


Extrait du Petit Lam-rim de Lama Tsongkhapa :


Chandrakirti dit dans le commentaire sur les Quatre cents stances :

"Le désir, etc, fonctionnent en projetant des qualités telles que la beauté et la laideur précisément sur la nature objective construite dans les choses par l’ignorance ; donc, elles ne peuvent pas fonctionner à part de l’ignorance, et en deviennent dépendantes, puisque l’ignorance est la perturbation principale."


Donc, quand l’ignorance s’attache à l’identifiabilité intrinsèque dans les objets, si celui ci est agréable à l’esprit, il est perçu avec désir, et s’il est désagréable à l’esprit, l’aversion survient à son égard. Et, s’il apparaît ni comme agréable ni comme désagréable, et qu’une indifférence ordinaire demeure à son égard, il est perçu sans autre perturbation mais avec une continuité homogène d’ignorance. Comme le dit Nagarjuna dans les Soixante stances philosophiques : "Pourquoi le grand poison de la perturbation ne s’élèverait-il pas pour ceux qui ont encore pour lui de la place dans leur esprit ? Même ceux qui demeurent en paix (temporairement) seront éventuellement saisis par le serpent des perturbations"


Dharmakirti dit dans le Commentaire sur la cognition valide : "Qui voit un soi objective toujours un Je  ; supposant ainsi, il s’identifie à cela ; s’identifiant, il devient obscurci par les erreurs. Voyant des qualités, il les désire, il saisit leur obtention comme mienne. Ainsi, tant qu’on reste attaché à un soi, on tourne dans l’existence cyclique."


Pour commencer, une fois que l’on saisit une indentifiabilité intrinsèque dans la base objective de la pensée Je, l’attachement au soi survient. De là, l’attachement au bonheur du soi survient. Ensuite, puisque le bonheur du soi ne peut advenir sans une dépendance à ses possessions, l’avidité survient pour les possessions. Puis, étant obscurci par de telles fautes, on commence à voir les qualités dans ces choses. Ensuite, on saisit les possessions comme étant le moyen d’accomplir le bonheur du soi. A travers les perturbations ainsi produites, des actions motivées par des concepts surviennent, et par de telles actions le cycle de la vie lui même est constamment tenu ensemble. Comme le dit Nagarjuna dans les Soixante-dix stances sur la vacuité : " L’action à sa cause dans les perturbations ; la nature des constructions vient des perturbations ; le corps a pour cause les actions ; et tous les trois sont vides de réalité intrinsèque."


Avec cette méthode on doit s’entraîner à trouver avec certitude la séquence de l’évolution de l’existence cyclique.


Extraits de Uttara-tantra :


"Enchaînement" signifie l’origine du désir, de l’aversion et de l’ignorance précédées par la pensée (manasikara) qui prend sa base (de cognition) sur la caractéristique des choses irréelles. Cela est dû à l’union de l’état de tendance latente (anusaya) et de l’état manifesté (des perturbations).

De fait les gens considèrent la chose irréelle, qui n’est pas de nature véritable, comme une caractéristique réelle à cause de son aspect désirable lorsque le désir émerge de son état de tendance latente ; lorsque l’aversion émerge ( de son état de tendance latente), (ils considèrent la chose irréelle comme la caractéristique réelle) à cause de son aspect repoussant ; et lorsque l’ignorance émerge c’est la même chose à cause de son aspect obscurci. Et pour ces gens qui se saisissent incorrectement des caractéristiques du désir, de l’aversion et de l’ignorance comme base de cognition, la pensée irrationnelle occupe leur esprit. Pour ces gens dont l’esprit est occupé par la pensée irrationnelle, survient la perturbation du désir, de l’aversion ou de l’ignorance. A cause de cela, ils font des actions nées du désir par le corps, la parole et l’esprit, et de même ils produisent des actions nées de l’aversion et de l’ignorance. De plus l’action produit la renaissance. Ainsi ces gens, ayant des tendances, considérant les caractéristiques (irréelles comme réelles), en en faisant la base de cognition, et s’y accrochant, produisent la pensée irrationnelle d’où survient conséquemment la perturbation. En raison de la génération de la perturbation l’action survient ; En raison de la génération de l’action survient la renaissance. Et toutes ces sortes d’impuretés (samklesha) des perturbations, actions, renaissances, etc, surviennent parce que les gens ne connaissent pas, ne perçoivent pas la sphère unique (eka-dhatu) telle qu’elle est.


(note : en résumé les gens sont anusayavat, emprunts de tendances latentes, nimitta-grahin, saisisseurs de caractéristiques (fausses), et arambana-carita, s’accrochant à cela comme base de cognition, et ces trois précèdent ayonisomanasikara, la pensée irrationnelle)

(note 2 : Maurice Walshe in Thus have I heard : yoni signifie la matrice (womb) et donc l’origine, la source ; l’expression yonisomanasikara signifie littéralement : retourner à la racine de la chose ; trd. : considération profonde. Donc inconsidération profonde = pensée irrationnelle)


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