Du défaut d’engagement politique
« Il est crucial de
comprendre ceci : nous pouvons satisfaire nos besoins sans détruire
le cycle de la vie. »
Joan Macy
« A un certain niveau
d’organisation, il y a ce que l’on appelle l’apprentissage ; à
un niveau bien supérieur de gestalt, l’apprentissage est
appelé évolution »
Gregory Bateson
Introduction
A titre personnel, la question de
l’engagement me travaille depuis un moment. La plupart de mes amis et
relations souhaitent un changement profond de société
et nourrissent une vision pour l’avenir qui ne doit pas grand-chose
aux modèles politiques et économiques en cours.
Pourtant je n’en connais aucun qui soit militant au sens classique,
c’est-à-dire auprès d’un parti politique, d’un syndicat
ou d’une organisation citoyenne de quelque ampleur.
Certes nous partageons des convictions
humanistes, sommes sensibles aux effets pervers de la mondialisation
et avons développé une certaine conscience planétaire
(inégalité nord-sud éthiquement injustifiable et
impardonnable, écodiversité à préserver
absolument, etc.), nous sentons sincèrement concernés
et touchés lorsque les droits de l’homme sont bafoués.
Mais politiquement nous restons
relativement inactifs, voire passifs. Nous avons conscience des
problèmes, pensons des solutions, mais ne nous donnons aucun
moyen de les mettre en œuvre dans la société par
des modalités d’actions citoyennes.
Ce phénomène, d’une
ampleur certaine, est à analyser. Pour ce faire je pense qu’il
est intéressant, comme point de départ, de commencer
par l’étude qui suit.
L’émergence d’une conscience planétaire
?
Un livre relativement récent,
L’émergence des Créatifs Culturels,
soulève cette question. Une enquête, menée par
Paul H. Ray, sociologue, et Shery Ruth Anderson, psychologue, auprès
de 100.000 citoyens américains, met en évidence qu’un
quart de la population des États-Unis est prêt à
une mutation radicale dans sa façon de vivre. Mais il met
aussi en évidence que toutes ces personnes n’ont aucune
conscience de leur force collective .
Le terme « créatifs
culturels » indique l’émergence d’une nouvelle
culture. Bien que le phénomène ai été
étudié aux États-Unis, les auteurs estiment que
l’Europe n’est pas en reste. Il est important de noter que ce terme
recouvre une population qui ne se caractérise par l’âge,
les convictions libérales, la classe sociale, l’appartenance
ethnique et n’a rien à voir avec le New-Age.
Quelles sont les valeurs partagées
par ces ‘créatifs culturels’ ? « Une
forte conscience écologique, de la nécessité de
protéger la planète, des relations, de la paix et de la
justice sociale ».
Certes, ce sont là de nobles
aspirations. Mais en quoi cela distingue-t-il cette population ?
Chacun, dans l’arène de la « politique
politicienne » (en France et ailleurs) affirme les
défendre. En fait, nous savons, nous constatons, qu’en
dehors du discours de complaisance, ces valeurs ne sont aucunement
prioritaires dans l’action politique.
Des enjeux fondamentaux sont banalisés
et utilisés comme des slogans sans substance ni lendemain.
L’enjeu public se décline en simple argument
‘publicitaire’. Il est pourtant vital de distinguer
l’engagement authentique de l’opportunisme électoral qui
demeurera lettre morte, quand il ne se transformera pas en son
opposé, comme on l’a vu durant la campagne de G. W. Bush
en 2000 et la mise en œuvre de sa politique énergétique
aux USA. La marque de l’authenticité réside sans doute
dans l’engagement actif sur le terrain et dans la continuité.
Car en fin de compte, nous n’avons pas les moyens d’évaluer la
motivation d’autrui autrement que par leurs actions ou par
l’adéquation des paroles aux actes.
Robert Thurman, un professeur
américain, expliquait lors d’une conférence sur le
Sangha bouddhique (Communauté monastique) appréhendée
comme « armée de paix », que
l’organisation de la mobilisation pacifiste contre la guerre des
États-Unis au Viêtnam fut très efficace jusqu’à
l’arrêt de la guerre. Puis tous les pacifistes rentrèrent
chez eux vaquer à leur occupations habituelles. Mais les
militaires et les lobbies de l’armement ont tranquillement continué
leurs propres occupations guerrières, puisqu’ils sont payés
pour cela ! Dans ces conditions le pacifisme ne semble jamais pouvoir
l’emporter.