Approche épistémologique de la nature de la conscience.
Par conscience il ne faut certainement pas entendre conscience morale, quoique celle-ci en fasse partie, en tant qu’un de ses nombreux modes possibles. Lorsque les textes disent que conscience (vijnana) et esprit (citta) sont synomymes, il ne faut pas non plus entendre l’esprit comme une entité uniquement spirituelle, genre "Grand Esprit" ou "l’Esprit qui descend sur nous" ou "qui vit en nous".
La conscience, telle qu’ell est ici entendue, et peut-être la traduction révèle-t-elle son inadéquation, n’est même pas toujours consciente d’elle-même, comme dans le cas de perceptions inattentives ! De plus il est fondamental de se rappeler que la science de l’esprit selon ce Dharma vise la plupart du temps le flux de conscience et donc surtout ses moments infinitésimaux, qui sont eux aussi imperceptibles à une personnes non entraînée, à la manière des "petites perceptions" de Leibniz. La présentation du phénomène "conscience" n’a rien à voir avec celle du Cogito cartésien et de ses dérivés non plus, qui est clairement idientifiée à une substance ; et moins encore avec l’idée d’âme puisque le Bouddha indique la non-subtantialité de l’âme, nairatman (anatta en pali).
Toute les critiques philosophiques (émanant surtout de la philosophie analytique, mais pas exclusivement) de la conscience sont obnubilées par le Cogito cartésien et ses conséquences substantialiste et dualiste. Le résultat est un rejet pur et simple de la pertinence de la notion de conscience, ou de sujet conscient, considérée comme une émanation métaphysique dénuées de fondement. Ce faisant une impasse complète est faite sur les présupposés métaphysiques matérialistes de ces critiques, ou, quand ce choix est clairement assumé, sur les absurdités qui s’en suivent.
On peut en tout cas trouver une approche positive de la conscience en phénoménologie chez Husserl, qui ne doit rien à des présuppostions métaphysiques ou religieuses, quoique son inspiration en la matière est explicitement cartésienne. Mais il importe surtout de saisir que c’est le geste méditatif de Descartes qui importe à Husserl. Il aura fallu longtemps pour en arriver là en Occident, au point que Husserl est persuadé d’avoir ouvert une voie jamais explorée avant lui ; ce qui n’a rien d’étonnant pour un penseur nourri par la tradition philosophique occidentale dont l’horizon n’a jamais dépassé la Grèce antique.
Reste l’approche descriptive de cette phénoménologie qui peut être considérée comme la meilleure propédeutique d’origine occidentale à une compréhension de la conscience telle qu’elle est abordée en Inde. Le terme d’expérience a ici toute sa pertinence car c’est précisèment cela la conscience : le vécu.
On trouvera donc ci-après quelques pistes pour aborder ce phénomène de la conscience selon le bouddhisme.